Actualités spatiales

Webb observe HD 80606 b, la Jupiter chaude la plus extrême

📅 20 juin 2026 ✍ Théo

Une géante gazeuse passée au four : voilà ce que le télescope spatial James Webb a saisi en observant HD 80606 b, une exoplanète quatre fois plus massive que Jupiter, lancée sur une orbite extrêmement allongée autour d’une étoile semblable au Soleil. L’équipe a présenté ses résultats préliminaires à la 248ᵉ réunion de la Société américaine d’astronomie (AAS), à Pasadena, et la NASA les a relayés le 16 juin 2026. [Résultats préliminaires de conférence : pas encore d’article peer-reviewed avec DOI à ce stade.]

HD 80606 b, une « Jupiter rôtie » hors norme

Les « Jupiters chaudes » sont des géantes gazeuses si proches de leur étoile qu’elles bouclent souvent leur orbite en quelques jours. HD 80606 b est un cas à part. « Les Jupiters chaudes comptent déjà parmi les exoplanètes les plus extrêmes que nous connaissions, mais même dans cette population, HD 80606 b est l’une des plus extrêmes », souligne Tiffany Kataria, du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, qui dirige l’étude. Son orbite très excentrique, longue de 111 jours, la fait plonger périodiquement tout près de son étoile avant de s’en éloigner — un comportement qui en fait « une tout autre bête » que les Jupiters chaudes classiques. [La planète se situe à environ 217 années-lumière selon le catalogue d’exoplanètes de la NASA ; distance non précisée dans ce communiqué.]

Une température qui bondit de 1 100 °F

Quand la planète fonce vers son étoile, au point de son orbite appelé périastron, Webb a mesuré une flambée de température d’environ 1 100 degrés Fahrenheit, soit près de 600 °C. C’est davantage que ne le laissaient prévoir les données de l’ancien télescope Spitzer. Pour capter ce moment, l’équipe a utilisé l’instrument MIRI (instrument dans l’infrarouge moyen) de Webb lors d’une observation prolongée, avant, pendant et après le périastron — un créneau planifié de longue date, tant l’orbite excentrique de la planète et les contraintes de pointage de Webb compliquaient le calendrier. Durant le périastron, la planète est aussi passée derrière son étoile, dans ce qu’on appelle une éclipse secondaire.

Un laboratoire pour la « météo » des exoplanètes

L’intérêt de cette orbite extrême ? Elle condense en quelques heures des variations de température et de composition que l’on n’observerait ailleurs que très lentement. « Observer une planète comme HD 80606 b est très efficace », explique Laura C. Mayorga, co-investigatrice au Johns Hopkins Applied Physics Laboratory : les données récoltées sous conditions changeantes s’appliquent ensuite à d’autres Jupiters chaudes, voire à des exoplanètes plus ordinaires. Des bouleversements de température aussi brutaux peuvent modifier en temps réel la chimie et les nuages d’une planète, ce que Webb est désormais capable de suivre.

Webb prolonge l’héritage de Spitzer

Le télescope Spitzer, aujourd’hui à la retraite, avait posé les bases en infrarouge sur cette planète déjà surnommée « l’exoplanète rôtie ». Webb va plus loin : « Spitzer a fait un travail remarquable sur cette exoplanète, et Webb bâtit sur cet héritage en nous permettant de distinguer des signatures chimiques précises comme le méthane et le dioxyde de carbone », résume Ryan Challener, co-auteur au Cornell Center for Astrophysics and Planetary Science. Et l’équipe le martèle : elle commence à peine à exploiter un jeu de données d’une richesse rare.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *