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Roman : le télescope qui va cartographier l’énergie noire

📅 28 août 2026 ✍ Théo

A journalist photographs the Nancy Grace Roman Space Telescope as it is unveiled to the public, at NASA's Goddard Space Flight Center in Greenbelt, Maryland on April 21, 2026. Named after NASA's first chief astronomer, the Nancy Grace Roman Space Telescope will have a field of view at least 100 times larger than Hubble's, potentially measuring light from a billion galaxies in its lifetime. It is expected to be launched in late 2026 or early 2027. (Photo by SAUL LOEB / AFP)

C’est le plus important lancement d’astronomie spatiale depuis le James-Webb. Dimanche 30 août 2026, à 7 h 26 heure de Floride — soit 13 h 26 à Paris —, une fusée Falcon Heavy doit emporter le télescope spatial Nancy-Grace-Roman depuis le complexe de tir 39A du centre spatial Kennedy. Sa destination : le point de Lagrange L2, à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre. Sa mission : cartographier un milliard de galaxies pour comprendre ce qui accélère l’expansion de l’Univers.

Un miroir de Hubble, un champ cent fois plus large

Le principe de Roman tient en une phrase : faire l’inverse du James-Webb. Là où Webb scrute profond et étroit, Roman balaie large.

Son miroir primaire mesure 2,4 mètres — exactement le diamètre de celui de Hubble. Rien d’extraordinaire, donc, de ce côté-là ; l’optique provient d’ailleurs en partie d’un don du National Reconnaissance Office, l’agence américaine de renseignement spatial.

Toute la différence se joue derrière ce miroir. L’instrument principal, le Wide Field Instrument, est une caméra d’environ 300 mégapixels sensible au visible et au proche infrarouge. Elle capture en une seule pose une portion de ciel cent fois plus grande que les caméras de Hubble, avec une netteté comparable. Autrement dit : ce qu’il faudrait à Hubble une centaine de pointages successifs pour composer, Roman le saisit d’un coup.

Ce n’est donc pas un instrument conçu pour photographier magnifiquement un objet isolé, mais une machine à arpenter le ciel à grande vitesse.

L’énergie noire, cible principale

Le premier objectif porte sur l’énigme la plus embarrassante de la cosmologie : l’énergie noire, nom donné à ce qui fait accélérer l’expansion de l’Univers sans qu’on sache de quoi il s’agit.

La méthode de Roman consiste à recenser de l’ordre d’un milliard de galaxies, à mesurer leur répartition dans l’espace et les très légères déformations de leurs images — signature de la matière massive traversée par leur lumière. En reconstituant cette carte à différentes époques, les astronomes espèrent retracer l’évolution de l’expansion cosmique au fil de l’histoire de l’Univers.

Au passage, le relevé doit permettre de tester la cohérence de la relativité générale à très grande échelle et de mesurer la courbure de l’espace-temps.

Un recensement d’exoplanètes par microlentille

Le second grand chantier concerne les exoplanètes, avec une technique encore peu exploitée : la microlentille gravitationnelle. Quand une étoile passe précisément devant une autre, sa gravité courbe la lumière de l’astre d’arrière-plan et l’amplifie brièvement. Si l’étoile au premier plan possède des planètes, celles-ci impriment leur propre signature dans ce sursaut lumineux.

L’intérêt est décisif : là où les méthodes du transit et des vitesses radiales favorisent les planètes proches de leur étoile, la microlentille détecte des mondes situés loin de la leur — voire des planètes errantes, sans étoile du tout. Roman doit ainsi dresser un recensement statistique des systèmes planétaires, complétant le tableau plutôt que le dupliquant.

Le télescope embarque en outre un second instrument, le Coronagraph Instrument, démonstrateur d’une technologie d’occultation de la lumière stellaire. Son but : valider les techniques qui permettront un jour d’imager directement des planètes semblables à la Terre.

Neuf mois d’avance, et sous le budget

Fait suffisamment rare pour être souligné : Roman décolle neuf mois avant la date à laquelle la NASA s’était engagée. En décembre 2025, l’agence annonçait encore un lancement au plus tôt en mai 2027. La construction s’est achevée en novembre 2025, l’observatoire est arrivé au centre Kennedy fin juin 2026, et l’assemblage comme les tests ont été bouclés plus vite que prévu — et sans dépassement budgétaire.

Le télescope a été encapsulé dans la coiffe de la Falcon Heavy le 21 août, une opération qui le protège pendant le transfert vers le pas de tir et les premières minutes du vol. La revue d’aptitude au vol a été franchie dans la foulée.

Qui était Nancy Grace Roman ?

Le nom de l’observatoire rend hommage à la première astronome en chef de la NASA. Entrée à l’agence en 1959, Nancy Grace Roman a défendu pendant des décennies l’idée d’un grand télescope placé en orbite, à une époque où le projet paraissait démesuré. Ce plaidoyer obstiné lui a valu le surnom de « mère de Hubble ».

Un demi-siècle plus tard, l’instrument qui porte son nom embarque un miroir de la même taille que celui de Hubble — mais pour en faire tout autre chose.

Suivre le lancement

La NASA et SpaceX diffuseront le décollage en direct. La retransmission débute généralement une quinzaine de minutes avant l’heure de tir, soit vers 13 h 10 heure de Paris dimanche.

Comme toujours avec un lancement, la date reste conditionnée à la météo, à l’état technique du lanceur et à la disponibilité du champ de tir. La Falcon Heavy, elle, affiche pour l’instant douze vols et aucun échec.

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