C’est une étape que les chasseurs d’exoplanètes attendaient depuis vingt ans. Pour la première fois, des astronomes ont détecté une atmosphère autour d’une planète rocheuse de type terrestre orbitant dans la zone habitable de son étoile. La planète, baptisée LHS 1140 b, est une super-Terre située à environ 48 années-lumière de nous. La découverte, publiée le 16 juillet 2026 dans la revue Science par une équipe du Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian, offre la preuve la plus solide à ce jour qu’un monde aux conditions proches de celles de la Terre pourrait exister au-delà du Système solaire.
Le chaînon manquant de la recherche de vie
Depuis vingt ans, on détecte des atmosphères d’exoplanètes — mais uniquement autour de géantes gazeuses démesurées et brûlantes, des sortes de « Jupiter bizarres » totalement impropres à la vie. Trouver un monde rocheux, à la bonne distance de son étoile, et confirmer qu’il a conservé une enveloppe gazeuse : voilà le verrou qui résistait.
« Il y a vingt ans, on se demandait si d’autres planètes telluriques existaient seulement », rappelle Robin Wordsworth (Harvard), l’un des directeurs de thèse de l’étude. « Puis on a appris qu’elles sont communes, et on en a trouvé dans la zone habitable. La question suivante était : l’une d’elles a-t-elle réussi à garder une atmosphère ? Maintenant, on sait qu’au moins une l’a fait. » Car une atmosphère n’est pas un détail : sans elle, même un monde parfaitement placé n’est qu’un caillou sans air.
De l’hélium qui s’échappe, traqué depuis le sol
L’histoire commence par un calcul. Le premier auteur, Collin Cherubim (docteur de Harvard, bientôt à l’université de Chicago), avait modélisé LHS 1140 b et prédit qu’elle devait posséder une haute atmosphère riche en hélium, lentement en train de s’échapper dans l’espace. Une prédiction sur le papier, jamais observée pour un monde rocheux — au point que son propre directeur, David Charbonneau, chef du département d’astronomie de Harvard, s’est d’abord montré sceptique.
Pour tester l’hypothèse, l’équipe a utilisé le spectrographe WINERED du télescope Magellan, à l’observatoire de Las Campanas, au Chili. Elle a profité d’un alignement rare : LHS 1140 b et une autre planète du système passaient devant leur étoile la même nuit. Résultat sans appel : la seconde planète ne montrait rien, mais LHS 1140 b, elle, laissait fuir de l’hélium — la signature d’une atmosphère bel et bien présente. « Il a fait le calcul, réservé du temps de télescope, obtenu les données, et la détection était statistiquement en béton », a reconnu Charbonneau, convaincu.
Fait notable : ce résultat a été obtenu depuis le sol, et non par un observatoire spatial comme le James-Webb. De quoi ouvrir une nouvelle voie — la traque des gaz qui s’échappent pourrait devenir un outil clé pour sonder les atmosphères des planètes rocheuses.
Une super-Terre pas tout à fait comme la nôtre
LHS 1140 b n’est pas une jumelle de la Terre. Elle pèse environ 5,6 fois sa masse pour un rayon 1,7 fois plus grand — des chiffres compatibles avec une composition rocheuse assortie d’une part de matériaux moins denses, atmosphère ou eau. Elle tourne autour d’une naine rouge, une étoile froide d’environ un cinquième de la masse et de la taille du Soleil, et sa température d’équilibre avoisine les 47 °C.
Plusieurs inconnues demeurent quant à son habitabilité réelle : la planète est en rotation synchrone (un hémisphère toujours tourné vers l’étoile), et les naines rouges sont réputées cracher régulièrement de dangereuses bouffées d’ultraviolets. Mais ses températures pourraient permettre à de l’eau liquide de subsister, et la présence d’une atmosphère, vieille de plus de trois milliards d’années selon l’équipe, rend le monde d’autant plus intéressant.
Et maintenant ?
Les chercheurs veulent désormais déterminer la composition complète de cette atmosphère et, à terme, chercher des signes d’océans ou d’autres marqueurs d’habitabilité. Ils comptent aussi rejouer la même méthode sur d’autres mondes candidats. « C’était une validation de modèle, et j’espère que ce n’est que la première d’une longue série d’observations », conclut Cherubim. LHS 1140 b vient, en tout cas, de rejoindre le tout petit club des cibles prioritaires dans la quête d’une seconde Terre.


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