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Starship V3 a volé : SpaceX réussit son pari malgré un moteur et un booster sacrifié

📅 24 mai 2026 ✍ Théo

Vendredi 22 mai au soir, le premier Starship version 3 a décollé de Starbase pour son vol inaugural. Le vaisseau a accompli sa mission jusqu’à l’amerrissage dans l’océan Indien, malgré la perte d’un moteur. Le booster Super Heavy, lui, a raté sa manœuvre de retour et fini dans le golfe du Mexique. Un succès en demi-teinte, mais suffisant pour relancer la machine.


Cinq mois d’attente, deux reports en 48 heures, et une question qui tournait dans tous les esprits depuis novembre : la nouvelle version 3 de Starship allait-elle tenir ses promesses ? La réponse est arrivée vendredi 22 mai à 00h30 heure française, quand le plus grand lanceur jamais construit s’est arraché du Pad 2 de Starbase, au Texas, sous un coucher de soleil texan désormais célèbre. Premier vol de l’année 2026, premier vol depuis le tout nouveau Pad 2, premier vol de la V3 : trois inconnues simultanées, et un verdict mitigé — mais positif dans ses grandes lignes.

Comment s’est déroulé le vol

Après une fenêtre de tir ouverte à 18h30 EDT et un compte à rebours cette fois mené à son terme, les 33 moteurs Raptor 3 du booster Super Heavy ont rugi à l’unisson, propulsant les 124,4 mètres de l’ensemble dans le ciel du sud Texas. La séparation des étages, opérée en hot-staging — la technique signature de Starship où le vaisseau allume ses moteurs avant que le booster ne se détache — s’est déroulée comme attendu.

C’est ensuite que les premières anomalies sont apparues. Le Super Heavy n’a pas exécuté correctement sa manœuvre de boost-back burn, le rallumage destiné à le ramener vers sa zone d’amerrissage prévue. Conséquence : le booster s’est écrasé dans le golfe du Mexique. Précision importante : aucune récupération n’était planifiée pour ce vol — Booster 19 était de toute façon condamné à l’amerrissage. Mais l’échec de la manœuvre signifie que SpaceX n’a pas pu collecter toutes les données prévues sur cette phase critique.

Côté Starship, l’étage supérieur a perdu un de ses moteurs en cours de vol. Malgré cette défaillance, le vaisseau a continué sa trajectoire, accompli l’essentiel de ses objectifs en orbite, et amerri comme prévu dans l’océan Indien, refermant ainsi un profil de mission largement conforme au plan.

Ce qui a marché

Plusieurs étapes-clés étaient scrutées avec attention, et la V3 a passé les principales :

  • Le décollage depuis le Pad 2 : ce nouveau pas de tir, conçu pour une cadence supérieure avec un déflecteur de flamme renforcé et un remplissage accéléré, a tenu sous la poussée combinée des 33 Raptor 3 — environ 8 000 tonnes de poussée au décollage.
  • Le hot-staging intégré : la suppression de la jupe inter-étage jetable, l’une des grandes simplifications de la V3, n’a pas posé de problème lors de la séparation.
  • Le déploiement des 22 charges utiles : 20 simulateurs Starlink de la taille des futurs Starlink V3, plus deux satellites Starlink modifiés chargés de scanner le bouclier thermique. C’était la première fois qu’un Starship larguait une charge utile en conditions de vol.
  • L’amerrissage du Starship dans l’océan Indien, malgré la perte d’un moteur — preuve que la marge de redondance est réelle.

Ce qui a accroché

Deux points noirs, donc, mais d’inégale gravité :

  • L’échec du boost-back du booster est le plus gênant. C’est précisément la manœuvre qui, à terme, doit permettre à Super Heavy de revenir se faire attraper par les bras du « Mechazilla ». Ne pas avoir pu la valider cette fois retarde d’autant la mise en place d’un retour au site de lancement.
  • La perte d’un moteur sur le Starship est plus banale — ce genre d’incident s’est déjà produit sur des vols précédents, et le vaisseau a démontré qu’il pouvait achever sa mission malgré tout. Reste que pour la V3, censée être plus fiable, c’est un signal d’attention.

Pour Artemis IV, le calendrier reste tendu

C’est probablement l’enjeu le plus structurant de ce vol. La NASA a sélectionné Starship comme alunisseur pour la mission Artemis IV en 2028. Pour y arriver, SpaceX doit en deux ans et demi :

  • placer un Starship en orbite complète autour de la Terre (jamais fait à ce jour) ;
  • démontrer le ravitaillement en orbite entre deux Starships (jamais réalisé à grande échelle) ;
  • valider un amarrage avec la capsule Orion ;
  • réussir un alunissage automatique, puis un alunissage habité.

Vu sous cet angle, Flight 12 est une étape nécessaire mais loin d’être suffisante. La V3 a prouvé qu’elle pouvait voler, larguer une charge utile et survivre à la rentrée. Tout le reste reste à démontrer.

L’annonce surprise : Chun Wang vers Mars

Dans les heures précédant le décollage, SpaceX a glissé une annonce qui a rapidement éclipsé le vol lui-même sur les réseaux : Chun Wang, milliardaire de la cryptomonnaie et ancien commandant de la mission privée Fram2, dirigera le premier survol de Mars par un Starship. La trajectoire passera également près de la Lune. Aucune date n’a été précisée, mais le simple fait que SpaceX évoque ce vol — fût-ce sous forme de teaser — confirme que Mars est désormais traitée comme un objectif programmatique, et plus comme une vision lointaine d’Elon Musk.

Et maintenant ?

Direction Flight 13, déjà annoncé pour juin 2026 avec Ship 40, deuxième exemplaire de Starship V3. SpaceX va devoir analyser les données du boost-back raté pour corriger le tir, et probablement retenter sur Flight 13 ou 14 une véritable tentative de retour du booster à Starbase. La cadence souhaitée par l’entreprise — un vol toutes les quatre à six semaines — n’est pas tenable sans cela.

Pour les passionnés, un constat tout simple : après cinq mois de silence et deux reports, Starship vole à nouveau. La machine est relancée. Et elle a, pour la première fois, lâché des satellites depuis son ventre.

Reste à savoir, dans les semaines qui viennent, si SpaceX saura transformer ce succès partiel en un véritable rythme opérationnel. Le compte à rebours d’Artemis IV, lui, continue de défiler.

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