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Starship Flight 12 : SpaceX tente cette nuit le vol le plus risqué de son histoire

📅 22 mai 2026 ✍ Théo

Après un report de dernière minute mercredi soir, SpaceX vise désormais le décollage du premier Starship V3 dans la nuit du 22 au 23 mai, vers 0h30 heure française. Premier vol de l’année, premier vol depuis le nouveau Pad 2, premier vol de la version 3 du vaisseau : tout est nouveau, et tout peut basculer.


Cinq mois sans décollage. Pour SpaceX, c’est une éternité. Le dernier vol de Starship — Flight 11 — remonte à octobre 2025, et l’entreprise d’Elon Musk n’a plus envoyé de fusée géante dans le ciel depuis. Cette nuit, vers 0h30 heure de Paris, l’attente prend fin avec Starship Flight 12, premier vol d’essai de l’année 2026 et, surtout, vol inaugural de la version V3 du système. Un test qui concentre à lui seul plus d’inconnues que n’importe quel essai précédent.

Un décollage repoussé deux fois en 48 heures

Le scénario s’annonçait pourtant rodé. Mercredi 20 mai, SpaceX comptait faire décoller le lanceur depuis son tout nouveau Pad 2 de Starbase, au Texas. Mais à moins d’une minute du tir, une cascade de holds automatiques a stoppé le compte à rebours : un problème sur une ligne d’ergols reliée au vaisseau, un capteur défaillant sur la tour de lancement, et un dysfonctionnement du système de déluge d’eau — celui qui inonde le pas de tir au moment du décollage pour amortir les ondes sonores. Tentative reportée au 21 mai, à nouveau scrubbée, puis recalée au 22.

Ces reports ne sont pas anodins. Ils rappellent que la V3 est un véhicule neuf, testé sur une infrastructure neuve, et que la moindre anomalie nécessite des heures de vérification. SpaceX avait déjà connu un sérieux revers en novembre 2025, lorsqu’un Starship V3 avait été détruit lors d’un test de remplissage au sol.

Ce que change vraiment Starship V3

La V3 n’est pas un simple lifting. C’est une refonte profonde de l’architecture, pensée pour la réutilisation rapide — l’obsession industrielle d’Elon Musk.

Quatre changements méritent l’attention :

  • Moteurs Raptor 3 : plus puissants, plus légers, et surtout simplifiés (moins de pièces = moins de points de défaillance). Sept ans après le premier allumage d’un Raptor, cette troisième génération doit prouver qu’elle tient la cadence d’un lanceur opérationnel.
  • Booster Super Heavy revu : seulement trois grilles aérodynamiques au lieu de quatre, et un système de hot-staging intégré qui supprime la jupe inter-étage jetable.
  • Capacité d’ergols augmentée et nouveau matériel destiné à préparer le ravitaillement en orbite, encore jamais réalisé à grande échelle.
  • Pad 2 inauguré : remplissage plus rapide, déflecteur de flamme plus robuste, conçu pour soutenir une cadence de tirs très supérieure à celle du Pad 1.

Avec ses 124,4 mètres de hauteur, l’ensemble Starship V3 + Super Heavy reste le plus grand lanceur jamais construit.

Un vol bourré de premières — et de vraies prises de risque

Le profil de mission est suborbital, comme les précédents tests, mais les objectifs annexes sont nettement plus ambitieux que d’habitude. Au programme de cette nuit :

  • Déploiement de 20 simulateurs Starlink de la taille des futurs satellites Starlink V3, plus deux satellites Starlink modifiés chargés de scanner le bouclier thermique du vaisseau et de renvoyer les images aux opérateurs. Une répétition générale du diagnostic à distance, indispensable avant d’envisager un retour à Starbase entre les bras de Mechazilla.
  • Sollicitation volontaire des volets arrière au-delà de leurs limites nominales. Traduction : SpaceX va volontairement maltraiter les surfaces de contrôle pour mesurer leurs marges réelles.
  • Manœuvre dynamique de basculement simulant la trajectoire que devront emprunter les futurs vols de retour au site de lancement.

Autant d’expérimentations qui multiplient les chances d’échec — mais qui font précisément l’intérêt scientifique du vol.

Le pari Artemis, et une annonce surprise sur Mars

Au-delà du show, l’enjeu est industriel et politique. La NASA a sélectionné Starship comme alunisseur pour la mission Artemis IV en 2028. Or, à l’heure actuelle, SpaceX n’a toujours pas placé un seul Starship en orbite complète autour de la Terre, ni réalisé de ravitaillement orbital, ni démontré un amarrage avec une capsule Orion, ni a fortiori un alunissage. Tout cela doit être validé en deux ans et demi à partir de la V3. Le calendrier est intenable sans un Flight 12 réussi.

C’est dans ce contexte que SpaceX a glissé, à quelques heures du décollage, une annonce inattendue : le premier survol de Mars par un Starship sera commandé par Chun Wang, milliardaire de la cryptomonnaie déjà passé par la mission privée Fram2. La trajectoire prévoit aussi un passage près de la Lune. Aucune date n’a été précisée, mais la mention même de ce vol indique que SpaceX considère désormais Mars comme un objectif à court-moyen terme, et plus comme un horizon symbolique.

Comment suivre le décollage cette nuit

La fenêtre de tir s’ouvre à 0h30 heure de Paris dans la nuit du 22 au 23 mai (18h30 heure locale au Texas) et reste active pendant 90 minutes. SpaceX diffusera le vol en direct sur X, et la majorité des chaînes spécialisées (NASASpaceflight, Everyday Astronaut) proposeront un commentaire en direct.

Pour les amateurs en Europe, les meilleures vingt minutes sont les premières : décollage, séparation des étages, et tentative de récupération du Super Heavy. La rentrée atmosphérique du Starship — la séquence où s’est arrêtée plusieurs fois la version 2 — interviendra environ une heure après le décollage, au-dessus de l’océan Indien.


Que le vol soit un succès complet, une réussite partielle ou un nouvel échec spectaculaire, ses enseignements façonneront la fenêtre lunaire 2028. À suivre cette nuit, et à mettre à jour dès les premières images.

Article à actualiser après le décollage — résultat du vol, images, état du booster et du Starship.

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