À la troisième tentative, SpaceX a fait mouche. Le vendredi 24 juillet 2026, la mégafusée Starship a décollé de Starbase, au Texas, à 17 h 51 heure locale (22 h 51 TU, soit 00 h 51 dans la nuit de vendredi à samedi en France) pour son treizième vol d’essai. Au menu de cette mission : le premier déploiement de vrais satellites opérationnels par Starship, et une démonstration très attendue de son bouclier thermique. Bilan : un vol en grande partie réussi, terni par l’échec de l’amerrissage du premier étage.
Trois tentatives, un décollage impeccable
Le chemin avait été semé d’embûches. Le 16 juillet, une première tentative s’était soldée par un arrêt automatique à T-0 : quatre des 33 moteurs Raptor du booster n’avaient pas démarré correctement, à cause de problèmes sur leurs turbopompes à oxygène. Le 23 juillet, c’est la météo — des nuages bas — qui avait imposé un report de vingt-quatre heures, SpaceX tenant absolument à filmer depuis le sol le bouclier thermique de Starship pendant la montée.
Vendredi, tout s’est enchaîné sans accroc. Les 33 Raptor du premier étage Super Heavy se sont allumés normalement, propulsant les 124 mètres du lanceur — le plus puissant jamais construit — dans un ciel dégagé. La séparation à chaud s’est déroulée comme prévu, l’étage supérieur allumant ses six moteurs pour poursuivre sa route vers l’espace, tandis que le booster amorçait sa manœuvre de retournement.
Une première : 20 satellites Starlink V3 déployés
C’est le grand acquis de ce vol. Sur sa trajectoire suborbitale, Starship a largué 20 satellites Starlink de troisième génération, un par un, par une fente située près de son nez — un mécanisme distributeur que SpaceX compare à un distributeur de bonbons Pez. Jamais l’engin n’avait déployé de véritables satellites : les vols précédents n’emportaient que des simulateurs de masse.
L’opération a été un succès complet. SpaceX a confirmé avoir établi le contact avec les 20 satellites, à la fois par liaison radio et par liaison laser, et récupéré leurs télémétries. Ces engins n’étaient toutefois pas destinés à rester : placés sur la même trajectoire suborbitale que Starship, ils se sont consumés dans l’atmosphère une vingtaine de minutes après leur largage.
Six d’entre eux étaient équipés de caméras braquées sur le bouclier thermique de Starship, afin d’évaluer si ce type d’inspection visuelle pourrait, à l’avenir, permettre de juger de l’état d’un vaisseau avant sa rentrée atmosphérique.
Le bouclier tient, et Starship flotte
Après avoir brièvement rallumé l’un de ses Raptor dans l’espace — une manœuvre indispensable pour les futures missions orbitales et lunaires —, l’étage supérieur a affronté la fournaise d’une rentrée à plat, avant de se redresser et de se poser en douceur sur ses moteurs dans l’océan Indien, au nord-ouest de l’Australie, une heure et cinq minutes après le décollage.
« C’est l’amerrissage le plus doux que nous ayons jamais réalisé avec Starship dans l’océan Indien », a commenté Dan Huot, porte-parole de SpaceX, pendant la retransmission. Fait inédit : le vaisseau est resté intégralement intact après l’impact, flottant à la surface avec une partie de ses caméras encore en fonctionnement — des images spectaculaires captées par drone. Elon Musk s’est félicité de la tenue du bouclier thermique, nettement améliorée par rapport aux vols précédents.
Le raté du Super Heavy
L’ombre au tableau vient du premier étage. Après une descente à l’endroit prévu, le booster devait se poser en douceur dans le golfe du Mexique grâce à une ultime mise à feu. Elle a mal tourné : seuls 10 des 13 moteurs prévus se sont rallumés, et des extinctions successives ont fait qu’il n’en restait plus que cinq en fonctionnement au moment de l’impact. L’étage a heurté l’eau à une vitesse supérieure à celle attendue, subissant un amerrissage brutal qui l’a détruit.
L’échec relativise moins qu’il n’y paraît. À terme, le booster doit revenir se faire attraper au vol par les bras mécaniques de sa tour de lancement — ce qui exige une descente finale lente et parfaitement maîtrisée. Précisément parce que cette phase reste délicate, SpaceX a choisi, pour les premiers vols de la version 3, de viser des amerrissages en mer par précaution. Le vol précédent, en mai, avait d’ailleurs déjà vu le booster manquer sa cible.
Et maintenant ? L’orbite, le ravitaillement, la Lune
Malgré ce raté, la performance de Starship est une bonne nouvelle pour la NASA, qui compte sur une version de l’étage supérieur comme atterrisseur lunaire pour son programme Artemis. Mais le chemin reste long : aucun Starship n’a encore été placé en orbite terrestre, et la version alunisseur n’a jamais volé.
Surtout, l’architecture retenue est vertigineuse. Pour une mission lunaire, SpaceX devra lancer une quinzaine de vaisseaux ravitailleurs afin de faire le plein de l’atterrisseur en orbite basse, avant qu’il ne file vers la Lune y attendre les astronautes arrivés à bord d’une capsule Orion. Un rapport du Government Accountability Office américain, publié la veille du vol, pointe justement la gestion des ergols cryogéniques comme le principal risque du programme, et note que SpaceX accuse plus d’un an de retard sur son calendrier initial pour plusieurs jalons clés.
Prochaines étapes pour l’entreprise : démontrer une véritable mise en orbite, puis le transfert de carburant d’un vaisseau à l’autre dans l’espace. Sans cela, pas de Lune.

