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EuroSuit : ce vendredi, Sophie Adenot teste dans l’ISS la combinaison française

📅 25 mai 2026 ✍ Théo

Vendredi 29 mai, l’astronaute française Sophie Adenot enfilera pour la première fois en microgravité un prototype unique au monde : EuroSuit, première combinaison spatiale intravéhiculaire européenne, co-conçue par le CNES, Spartan Space, le MEDES… et Decathlon. Objectif : prouver qu’un astronaute peut se mettre en sécurité, seul, en moins de deux minutes.


À 400 kilomètres au-dessus de nos têtes, une expérience inhabituelle s’apprête à se dérouler dans le silence feutré de la Station spatiale internationale. Vendredi 29 mai, Sophie Adenot, seule Française actuellement en orbite, va enfiler une combinaison qui n’existe nulle part ailleurs : un prototype développé en grande partie en France, qui réunit le CNES, la start-up Spartan Space, l’institut médical MEDES, et — surprise du dossier — le géant du sport Decathlon. Son nom : EuroSuit. Sa mission : changer la manière dont l’Europe protège ses astronautes.

Sophie Adenot, deuxième Française à bord de l’ISS

Avant d’entrer dans les détails techniques, un mot sur celle qui portera cette combinaison. Ancienne pilote de chasse devenue pilote d’essai d’hélicoptères, Sophie Adenot a été sélectionnée par l’Agence spatiale européenne en 2022, dans sa première promotion d’astronautes depuis dix ans. Elle est arrivée à bord de l’ISS le 14 février 2026 à bord d’une capsule Crew Dragon, pour une mission baptisée Epsilon.

Cette mission n’est pas anodine : avec une durée prévue d’environ huit mois, elle deviendra le plus long séjour orbital jamais effectué par un astronaute européen. Sophie Adenot est aussi seulement la deuxième Française à rejoindre la station, vingt-cinq ans après Claudie Haigneré. Son programme scientifique est dense — une centaine d’expériences couvrant biologie, physique, technologie — mais EuroSuit est l’expérience la plus emblématique, parce qu’elle pose les bases d’un savoir-faire que l’Europe n’a jamais possédé en propre.

Une combinaison « made in France » — avec Decathlon dans l’aventure

EuroSuit n’est pas un scaphandre pour sortie extravéhiculaire. C’est une combinaison intravéhiculaire (IVA, pour Intravehicular Activity), c’est-à-dire le vêtement que portent les astronautes à l’intérieur du vaisseau pendant les phases critiques : décollage, amarrage, désamarrage, rentrée atmosphérique. Son rôle est de protéger l’occupant en cas de dépressurisation soudaine de la cabine.

Jusqu’ici, les astronautes européens utilisent des combinaisons IVA américaines ou russes, fournies par les opérateurs des vaisseaux. EuroSuit est la première tentative européenne de développer un équipement souverain dans ce domaine. Le projet est coordonné par le CNES, qui a réuni un consortium inédit :

  • Spartan Space, jeune entreprise marseillaise spécialisée dans les habitats et équipements spatiaux ;
  • MEDES, institut de médecine et physiologie spatiales du CNES, basé à Toulouse ;
  • Decathlon, via son pôle Advanced Innovation, chargé des textiles, des ergonomies et des solutions d’ajustement morphologique.

L’irruption de Decathlon dans un projet d’orbite peut surprendre, mais elle a sa logique : la marque nordiste a accumulé un savoir-faire considérable sur les textiles techniques, la liberté de mouvement et les structures sur mesure, qu’elle transpose ici à un environnement extrême. Casques à structure en lattice imprimés pour chaque morphologie, soufflets aux articulations pour préserver l’amplitude, zips étanches manipulables d’une seule main, textiles résistants à la pression comme au feu : l’ergonomie sportive entre dans le spatial.

Deux minutes chrono pour sauver une vie

L’enjeu du test de vendredi est limpide. « Il s’agit de démontrer que cet enfilage en deux minutes est possible et qu’il permet de mettre en sécurité l’astronaute en deux minutes », résume Gregory Navarro, responsable de l’expérience EuroSuit pour le CNES.

Pourquoi deux minutes ? Parce qu’en cas de dépressurisation ou d’incendie à bord d’un vaisseau, c’est la fenêtre durant laquelle un astronaute peut encore agir avant que la situation ne devienne irrécupérable. Les combinaisons IVA actuelles, souvent lourdes et complexes, exigent généralement l’assistance d’un collègue et plusieurs minutes pour être enfilées. Si EuroSuit tient sa promesse, c’est un saut net en matière de sécurité.

Concrètement, Sophie Adenot va exécuter une série de séquences d’enfilage et de retrait en microgravité, puis tester sa mobilité avec la combinaison : manipulation d’outils, interaction avec une tablette tactile, gestes du quotidien. « Il s’agit déjà de la seconde version », précise Thibaut Pouget, chef de projet chez Spartan Space. « Elle va nous permettre de valider l’ergonomie dans l’ISS et les manipulations d’objets dans la station. »

Important à préciser : Sophie Adenot ne portera pas EuroSuit pendant les phases de vol elles-mêmes. Pour son aller-retour vers l’ISS, elle utilise la combinaison IVA propriétaire de SpaceX, intégrée à la Crew Dragon. EuroSuit est ici en phase de qualification ergonomique, étape indispensable avant tout déploiement opérationnel.

Un enjeu d’autonomie pour l’Europe spatiale

Au-delà du test lui-même, EuroSuit s’inscrit dans une tendance de fond : la quête d’autonomie spatiale européenne. Depuis la fin de la navette Soyouz comme moyen d’accès régulier pour les astronautes ESA, l’Europe dépend entièrement de SpaceX (et marginalement de Roscosmos) pour envoyer ses équipages en orbite. Chaque équipement non-européen est une dépendance supplémentaire.

Le succès — ou les enseignements — d’EuroSuit nourriront les futurs équipements de la navette habitée européenne, dont l’ESA a confirmé l’étude en 2023, et plus globalement les programmes d’exploration habitée que l’Europe veut mener vers la Lune et au-delà dans le cadre des accords Artemis. Si l’Agence spatiale européenne veut un jour envoyer ses propres astronautes à la surface lunaire, elle aura besoin de ses propres combinaisons.

À suivre cette semaine

Le test du 29 mai est prévu sous la forme d’une séquence vidéo enregistrée à bord de l’ISS, qui sera ensuite analysée par les équipes du CNES, du MEDES et de Spartan Space. Aucune diffusion en direct n’est annoncée à ce stade, mais le CNES et l’ESA devraient publier des images dans les jours qui suivent.

Pour Sophie Adenot, c’est l’un des moments-clés de sa mission Epsilon, dont elle a déclaré qu’elle voulait faire « un voyage utile ». Pour le consortium français, c’est l’aboutissement de plusieurs années de travail discret. Et pour Decathlon, c’est l’entrée — improbable mais bien réelle — dans le club très fermé des entreprises ayant contribué à équiper des humains au-delà de l’atmosphère.

Le ciel n’a, comme toujours, pas fini de nous surprendre. Cette fois, il le fait en bleu marine et orange Decathlon.


Sources : CNES, ESA, Cité de l’espace, Spartan Space. Article à mettre à jour après le test du 29 mai avec les premiers retours du CNES.

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