Mercredi 27 mai, l’agence fédérale américaine de l’aviation a officiellement classé le vol Starship Flight 12 du 22 mai comme un « mishap » — un incident qui contraint SpaceX à mener une enquête sous supervision avant tout nouveau lancement. Sont notamment dans le viseur : les tout nouveaux moteurs Raptor 3, qui faisaient leurs débuts sur ce vol. Conséquence directe : Flight 13, attendu en juillet-août, est désormais conditionné à l’approbation de la FAA.
Cinq jours après le vol inaugural de Starship V3, le couperet est tombé. Dans une déclaration officielle publiée le 27 mai 2026, la Federal Aviation Administration (FAA) a annoncé qu’après une analyse complète des données du vol, Flight 12 était officiellement classé comme un « mishap » — un incident au sens réglementaire du terme. Conséquence immédiate : Starship est cloué au sol jusqu’à ce que SpaceX mène, sous la supervision de la FAA, une enquête formelle dont le rapport final devra être approuvé par l’agence avant tout nouveau lancement.
C’est la septième fois qu’un vol de Starship déclenche une enquête FAA sur les douze vols réalisés depuis 2023. Mais c’est aussi la première pour la version 3 du système, celle dont dépendent désormais le programme Artemis IV de la NASA et la stratégie commerciale de SpaceX.
Ce que la FAA exige précisément
Le classement « mishap » répond à plusieurs critères réglementaires, dont le principal est ici l’échec à compléter une opération de lancement comme prévu. Plus concrètement, deux anomalies sont visées :
- L’arrêt prématuré d’un moteur Raptor 3 sur le Super Heavy lors de la phase d’ascension ;
- L’échec du boost-back burn du Super Heavy après séparation des étages, qui devait ramener le booster vers une zone d’amerrissage contrôlée dans le golfe du Mexique. Plusieurs moteurs ont refusé de se rallumer, et le booster s’est écrasé brutalement à la surface au lieu d’effectuer un amerrissage en douceur.
Un troisième problème, plus léger, a également été signalé : l’arrêt prématuré d’un des six moteurs de l’étage supérieur (le Starship lui-même) en cours de vol. Le vaisseau a pu poursuivre sa trajectoire et amerrir comme prévu dans l’océan Indien malgré cette défaillance, mais l’incident s’ajoute au tableau global.
La FAA précise dans son communiqué qu’aucune victime ni dégât matériel public n’a été constaté — le booster est tombé en mer, hors de toute zone à risque. Mais la nature même de l’anomalie suffit, dans le cadre réglementaire américain (14 CFR Part 450), à enclencher la procédure d’enquête.
Les Raptor 3 dans le viseur
Le cœur de l’enquête sera concentré sur un élément précis : les moteurs Raptor 3. Cette nouvelle génération, plus puissante, plus légère et techniquement simplifiée par rapport aux Raptor 2, faisait son baptême du feu sur Flight 12. Or les deux principales défaillances du vol (arrêt en ascension + échec du boost-back) sont directement liées au fonctionnement de ces moteurs.
C’est précisément le type de scénario que SpaceX avait minimisé en amont. Avec moins de pièces, des soudures plus simples, un canal de combustion redessiné, les Raptor 3 étaient censés être plus fiables et plus faciles à produire en série. Mais leur première mise en condition réelle a mis au jour des problèmes qui n’avaient pas été détectés lors des essais au sol.
L’enjeu industriel est considérable. SpaceX a besoin que les Raptor 3 fonctionnent massivement et de façon répétée : un Super Heavy en utilise 33, un Starship en utilise 6. À raison de plusieurs vols par an, cela représente des centaines d’allumages réussis nécessaires. Toute fragilité non corrigée maintenant se paiera plus tard.
Combien de temps Starship va rester cloué au sol ?
La FAA n’a fixé aucune échéance officielle pour la fin de l’enquête. Historiquement, les enquêtes Starship précédentes ont duré environ deux mois chacune. Mais le cas Raptor 3 est particulier : ces moteurs n’ayant aucun historique de vol, l’analyse pourrait être plus approfondie qu’à l’accoutumée.
Selon les estimations de NASASpaceflight, Flight 13 pourrait viser une fenêtre de tir en juillet ou août 2026, sous réserve que les tests au sol des prochains Booster 20 et Ship 40 valident les corrections apportées. SpaceX pourrait également faire le choix de renoncer à une tentative de récupération du Super Heavy sur ce prochain vol, et répéter à la place un profil suborbital avec amerrissage contrôlé — exactement comme Flight 12 aurait dû se conclure.
C’est une option pragmatique : éviter de cumuler trop d’objectifs ambitieux sur un même vol tant que les Raptor 3 ne sont pas pleinement qualifiés.
Le précédent du Flight 7 plane sur l’enquête
Ce blocage rappelle une affaire qui n’a pas encore été totalement digérée par la FAA. En janvier 2025, lors du Flight 7, un Starship avait explosé au-dessus de l’océan Atlantique, semant des débris jusque dans l’espace aérien commercial. SpaceX n’avait pas immédiatement averti la FAA, et des contrôleurs aériens ont appris l’anomalie directement par les pilotes qui ont vu les débris depuis leurs cockpits, selon une enquête du Wall Street Journal.
Cet incident a notablement durci la posture de l’agence vis-à-vis de SpaceX. Selon Steve Jangelis, président du groupe sécurité aérienne de la Air Line Pilots Association, sur quatre vols Starship ayant nécessité une activation des « Debris Response Areas » (DRA, zones d’évitement d’urgence), un seul a vu la DRA activée dans le délai réglementaire de 6 minutes 30, en partie à cause de la lenteur de SpaceX à communiquer.
Le contexte général explique pourquoi la FAA ne lâche aujourd’hui aucune marge à SpaceX, même quand l’incident — comme Flight 12 — s’est produit en mer, sans victime, sans dégât. Le message est clair : Starship reste un véhicule expérimental, et sera traité comme tel, indépendamment de la communication triomphaliste de l’entreprise.
Artemis IV, IPO et Starlink V3 : trois calendriers qui se tendent
Ce blocage temporaire n’est pas qu’un contretemps technique. Trois enjeux stratégiques pèsent désormais sur la cadence Starship :
- Artemis IV en 2028. La NASA compte sur une version modifiée de Starship V3 comme alunisseur pour la prochaine mission habitée vers la surface lunaire. Pour tenir le calendrier, SpaceX doit encore démontrer la mise en orbite complète, le ravitaillement orbital entre deux Starships, l’amarrage avec une capsule Orion, puis un alunissage automatique. Chaque enquête FAA repousse mécaniquement ces étapes.
- L’IPO de SpaceX. L’entreprise a déposé sa S-1 (document préparatoire à l’introduction en bourse) début 2026, et a explicitement mentionné dans ce document que sa stratégie de croissance dépend du succès de Starship. Une enquête prolongée pourrait peser sur la valorisation espérée par les marchés.
- Le déploiement Starlink V3. SpaceX a annoncé vouloir commencer à déployer ses satellites Starlink V3 — plus gros et plus puissants — au cours de la seconde moitié de 2026. Ces satellites sont conçus pour être lancés par Starship, pas par Falcon 9. Sans Starship opérationnel, le calendrier saute.
Ce qu’il faut retenir
Flight 12 a démontré que Starship V3 pouvait voler, larguer une charge utile et survivre à la rentrée. Mais il a aussi rappelé une vérité que la communication de SpaceX a parfois tendance à éclipser : le système reste expérimental, et les nouveaux moteurs Raptor 3 ne sont pas encore qualifiés. L’enquête imposée par la FAA va prendre des semaines, peut-être deux mois ou davantage. Et elle conditionnera la cadence des vols à venir, dans une année où SpaceX doit absolument enchaîner pour tenir ses propres engagements.
Pour les passionnés et les observateurs, le prochain rendez-vous reste Flight 13, désormais hypothétique en juillet ou août. D’ici là, l’attention se déplacera du pas de tir vers les rapports techniques — moins spectaculaires, mais cruciaux pour la suite.
Sources : Federal Aviation Administration (communiqué du 27 mai 2026), SpaceNews, Spaceflight Now, NASASpaceflight, Aviation Week, Wall Street Journal. Article susceptible d’évoluer en fonction des publications officielles de SpaceX et des décisions de la FAA dans les semaines qui viennent.


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