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La fuite d’air de l’ISS s’aggrave et divise la NASA et Roscosmos

📅 05 juin 2026 ✍ Théo Mis à jour le 07 juin 2026

Vendredi 5 juin, l’astronaute française Sophie Adenot et quatre de ses coéquipiers ont été ordonnés de se réfugier en combinaison spatiale dans la capsule SpaceX Dragon amarrée à l’ISS, le temps d’une tentative de réparation d’une fuite d’air en aggravation rapide. L’incident, finalement clos sans évacuation, met en lumière un problème connu depuis 2019 qui menace désormais sérieusement la longévité de la station — et révèle un désaccord franc entre la NASA et Roscosmos sur la manière de le traiter.

L’événement n’a pas duré longtemps. Mais il a confronté pour la première fois l’astronaute française Sophie Adenot, à bord de la Station spatiale internationale depuis le 14 février 2026, à un protocole d’urgence qu’aucun astronaute ne souhaite jamais activer : l’isolement en combinaison dans la capsule de secours, en préparation d’une éventuelle évacuation. Ce vendredi 5 juin à 13h04 UTC, soit 15h04 heure de Paris, la NASA ordonne à cinq des sept astronautes de l’ISS de gagner la capsule Crew Dragon « Freedom » et de s’y mettre en posture de sécurité. Motif : une fuite d’air dans le segment russe de la station, en aggravation soudaine.

Ce qui s’est passé vendredi

Les détails ont été communiqués par Bethany Stevens, porte-parole de la NASA, par une série de messages sur le réseau X. « À la suite de nouvelles fuites, Roscosmos a choisi de procéder à une opération de réparation plus extensive ce vendredi 5 juin », a-t-elle indiqué. « Par excès de prudence, la NASA a ordonné aux quatre membres de la mission SpaceX Crew-12 ainsi qu’à l’astronaute Chris Williams de se mettre en posture de sécurité renforcée à bord du vaisseau Dragon. »

Concrètement, cela représente cinq personnes en combinaison dans une capsule prévue pour quatre : Jessica Meir et Jack Hathaway (NASA), Sophie Adenot (ESA), le cosmonaute Andrey Fedyaev (Roscosmos), tous arrivés ensemble par Crew Dragon en février — plus Chris Williams (NASA), arrivé en novembre 2025 par Soyouz. Pendant ce temps, deux cosmonautes russes — Sergey Kud-Sverchkov et Sergei Mikaev — travaillaient sur la fuite du côté russe de la station.

Moins de deux heures plus tard, la NASA annonce la levée du protocole. Le bilan de l’opération est nuancé : les cosmonautes ont identifié deux fuites distinctes dans le tunnel PrK. La première a été scellée avec succès à l’aide d’un composé de réparation spécialisé. La seconde, en revanche, n’a pas pu être réparée — c’est sur celle-ci que les méthodes envisagées par Roscosmos ont buté contre l’opposition de la NASA (voir plus bas).

Bethany Stevens résume la fin de séquence dans un nouveau message sur X : « Roscosmos a interrompu les efforts de réparation structurelle de ce vendredi à l’intérieur du tunnel de transfert du module Zvezda, dit PrK, afin d’analyser de nouvelles mesures et données. Compte tenu de cette évolution, la NASA a demandé aux membres d’équipage à l’intérieur du Dragon de mettre fin aux procédures de refuge et de reprendre les opérations planifiées à bord de l’ISS. »

Une fuite réparée, une autre en suspens. Plus de peur que de mal sur le moment, donc — mais la cause profonde n’est toujours pas réglée.

Une fuite vieille de sept ans qui s’aggrave brutalement

L’incident vendredi n’est que la dernière manifestation d’un problème qui empoisonne l’ISS depuis 2019. Cette année-là, des micro-fissures ont été détectées dans le tunnel de transfert PrK, un petit vestibule situé à l’arrière du module russe Zvezda — l’un des plus anciens éléments de la station, lancé en 2000. Ce tunnel sert d’interface entre Zvezda et les vaisseaux cargo russes qui s’y amarrent.

Pendant des années, les fissures ont libéré une quantité d’air faible mais constante. Roscosmos appliquait régulièrement des bouchons d’urgence — notamment un composé d’étanchéité russe baptisé Germetall-1 — et la situation restait gérable. En début 2026, la fuite était même presque revenue à zéro grâce à ces mesures. Mais elle est revenue, et cette semaine, l’alerte est montée d’un cran : lors des opérations d’amarrage du cargo russe Progress 95 (semaine du 1ᵉʳ juin), Roscosmos a constaté que le taux de fuite était passé d’environ une livre d’air par jour (450 grammes) à deux livres par jour, et a identifié de nouvelles zones de fuite suspectes dans le tunnel PrK. C’est cette aggravation qui a justifié l’opération de réparation plus poussée du vendredi 5 juin — celle qui a entraîné la mise à l’abri de l’équipage.

Selon les rapports internes consultés par la presse américaine, une note de la NASA de fin 2024 évoquait déjà la possibilité d’une « défaillance catastrophique » dans le pire des scénarios. « Les fissures ont toujours été une préoccupation que la NASA surveille de très près », a confirmé Bethany Stevens.

Le désaccord NASA / Roscosmos

Le détail le plus inhabituel de cet incident n’est peut-être pas la fuite elle-même, mais la franche divergence affichée publiquement entre les deux agences. Selon CNN, les cosmonautes russes prévoyaient de couper un support métallique (bracket) à l’intérieur du tunnel PrK, afin de mieux accéder à la zone identifiée comme source possible de la deuxième fuite — une opération impliquant notamment l’usage d’une scie. La NASA, jugeant que cette approche « aurait pu présenter un risque accru pour la structure dans cette zone », s’y est opposée. C’est pour cette raison que l’opération a été interrompue : non pas parce que tout était sous contrôle, mais parce qu’aucune méthode acceptée par les deux partenaires n’avait été trouvée pour traiter la deuxième fuite.

Ce désaccord est révélateur. Officiellement, NASA et Roscosmos collaborent étroitement sur l’ISS depuis vingt-cinq ans. Mais le contexte géopolitique tendu depuis 2022, conjugué au vieillissement de la station, durcit progressivement les relations entre les deux agences. Roscosmos communique séparément de la NASA, refuse parfois certaines analyses, et préfère ses propres procédures. Roscosmos a d’ailleurs contredit en partie la narration américaine de l’incident, déclarant dans un communiqué en russe : « La situation ne pose aucune menace pour la sécurité de l’équipage ou pour les systèmes embarqués ; la pression à bord de l’ISS reste stable et est maintenue au niveau nominal. »

Ce que cet incident dit de l’avenir de l’ISS

Au-delà du fait divers spatial, la fuite Zvezda pose la question structurelle de la longévité de la station. L’ISS est officiellement maintenue en service jusqu’en 2030, échéance après laquelle elle doit être désorbitée pour laisser place à des stations privées américaines et à la station chinoise Tiangong. Mais entre 2026 et 2030, il reste quatre années à tenir avec des modules dont certains ont dépassé leur durée de vie nominale de quinze ans.

Trois enseignements peuvent être tirés de cet épisode :

  • Les procédures d’urgence fonctionnent. En moins de quelques minutes, cinq astronautes ont rejoint Dragon et étaient prêts à une évacuation. L’entraînement a payé.
  • Les fuites ne sont plus « stables ». Le doublement soudain de cette semaine suggère que la dégradation s’accélère, ce qui pose un problème de prédictibilité.
  • Le maintien de l’ISS dépend désormais autant de l’ingénierie que de la diplomatie. Aucune réparation structurelle majeure ne peut être entreprise sans accord NASA / Roscosmos. Ce point devient critique à mesure que les relations se tendent.

Pour Sophie Adenot, une mission Epsilon plus mouvementée que prévu

Pour la deuxième Française à voler à bord de l’ISS depuis Claudie Haigneré, cet épisode du 5 juin marque une étape importante de sa mission Epsilon, qui doit durer environ huit mois — le plus long séjour orbital jamais effectué par un astronaute européen. Sophie Adenot doit également tester prochainement EuroSuit, la première combinaison intravéhiculaire européenne, dont les premiers résultats du test du 29 mai restent en attente de publication par le CNES.

Pour l’heure, les opérations à bord ont repris normalement. Mais la fuite, elle, n’est pas réparée. De nouvelles tentatives sont à prévoir dans les jours à venir, sous une supervision plus étroite, et avec un accord préalable cette fois entre les deux agences. Le compte à rebours vers la désorbitation programmée de 2030 ne s’est jamais autant fait sentir.

Sources : NASA Blog Space Station (communiqué officiel du 5 juin 2026), communications de Bethany Stevens (porte-parole NASA) sur X, Roscosmos, CNN, Space.com, Scientific American, Reuters, EarthSky, The Register, Yahoo News, InformedClearly. Article susceptible d’évoluer en fonction des nouvelles tentatives de réparation et des annonces officielles des deux agences.

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