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Explosion de New Glenn : coup dur pour Blue Origin, menace pour le calendrier Artemis

📅 05 juin 2026 ✍ Théo

Dans la nuit du 28 au 29 mai 2026, le quatrième exemplaire du lanceur lourd New Glenn de Blue Origin a explosé lors d’un essai au sol à Cap Canaveral, détruisant le seul pas de tir dont dispose l’entreprise. Avec Starship cloué au sol par la FAA depuis le 27 mai, le programme Artemis se retrouve d’un coup privé de ses deux principaux contractants. Décryptage d’un incident dont les conséquences pourraient se faire sentir jusqu’en 2028.


Il y a des semaines qui changent tout. Le spatial américain vient d’en vivre une particulièrement éprouvante. Cinq jours après l’incident Starship Flight 12 qui a entraîné l’ouverture d’une enquête FAA et bloqué SpaceX, c’est Blue Origin qui voit son lanceur phare détruit dans un accident spectaculaire. Dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 mai 2026, vers 21 heures heure locale en Floride (3 heures du matin heure de Paris), le quatrième exemplaire de New Glenn a explosé lors d’un test de mise à feu statique au Launch Complex 36 de Cap Canaveral. Aucune victime n’est à déplorer. Les dégâts matériels, eux, sont massifs.

Ce qui s’est passé dans la nuit du 28 au 29 mai

Le test prévu cette nuit-là était classique sur le papier : une mise à feu statique (static fire test) des sept moteurs BE-4 du premier étage de New Glenn. La procédure consiste à allumer les moteurs alors que le lanceur reste arrimé au sol, afin de valider en conditions réelles le comportement de la propulsion avant un vol. C’est l’une des dernières étapes de qualification avant un lancement.

Le booster en question, baptisé No, It’s Necessary (les premiers étages New Glenn portent des noms maritimes), devait servir au quatrième vol orbital de New Glenn, prévu dans les semaines suivantes. Au lieu de cela, les sept moteurs BE-4 ont entraîné l’embrasement complet du lanceur, suivi d’une boule de feu d’une ampleur exceptionnelle.

Le souffle de l’explosion a été ressenti jusqu’à Orlando, à 75 kilomètres de là. Les vidéos diffusées par NASASpaceflight et d’autres médias spécialisés montrent une succession d’explosions secondaires sur plusieurs dizaines de secondes — typique de l’embrasement d’un lanceur encore plein de méthane liquide et d’oxygène liquide. La fusée fait 98 mètres de haut, et ses réservoirs étaient logiquement remplis pour le test.

Le pas de tir LC-36 : un point de défaillance unique

C’est probablement le détail le plus dommageable du dossier. Blue Origin ne dispose que d’un seul pas de tir opérationnel pour New Glenn : le LC-36 de Cap Canaveral. Pas de site de repli, pas d’infrastructure secondaire. Tant que LC-36 n’est pas reconstruit, aucun New Glenn ne peut décoller.

Les premières images diffusées vendredi montrent une rampe de lancement sévèrement endommagée. Mais Dave Limp, PDG de Blue Origin, s’est voulu rassurant dans une déclaration sur le réseau X publiée dans la nuit du lundi 1ᵉʳ au mardi 2 juin : selon lui, les réservoirs de combustible et de comburant sont restés en bon état, la tour de soutien est « endommagée mais réparable sur place », et Blue Origin prévoit de voler à nouveau avant la fin de 2026.

Les experts indépendants sont nettement moins optimistes. Eric Berger, journaliste d’Ars Technica spécialisé dans le spatial, évalue les délais de remise en service à 12 à 18 mois. Des sources industrielles citées par Reuters parlent d’un minimum de six mois, dans le meilleur des cas. Et Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a déclaré une remise en service « d’ici 2028 envisageable » — formulation prudente qui dit beaucoup sur le scepticisme officiel quant à un retour rapide.

Soyons clairs : entre l’optimisme de Blue Origin et le pessimisme des observateurs externes, personne n’avancera de date crédible avant que la cause exacte de l’explosion ne soit identifiée. Et cela prend généralement des semaines, voire des mois.

Blue Moon Mark 1 et Mark 2 : deux missions critiques en suspens

L’impact opérationnel le plus immédiat concerne deux missions lunaires majeures dont New Glenn était le pilier :

Blue Moon Mark 1 est un atterrisseur lunaire automatique, démonstrateur de la technologie d’alunissage de Blue Origin. Son lancement, baptisé Moon Base 1, était programmé pour la fin 2026 dans le cadre du programme CLPS (Commercial Lunar Payload Services) de la NASA. La mission devait notamment valider le moteur BE-7, les systèmes cryogéniques et la précision d’alunissage à moins de 100 mètres du site visé. Cette mission est désormais reportée sine die.

Plus structurant encore : Blue Moon Mark 2 est l’atterrisseur habité que Blue Origin doit fournir à la NASA pour Artemis IV en 2028. Selon les plans actuels, Blue Moon Mark 2 doit être lancé sans équipage par un New Glenn, rejoindre les astronautes en orbite lunaire, puis les emmener à la surface. Or l’agence doit valider d’abord le rendez-vous orbital avec Artemis III en 2027 (test en orbite terrestre), avant l’alunissage habité de 2028. Sans New Glenn opérationnel, aucune de ces deux étapes n’est tenable.

Et SpaceX en parallèle… un mois noir pour le spatial américain

Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut élargir le cadre. Le 27 mai, la veille de l’explosion New Glenn, la FAA classait officiellement le vol Starship Flight 12 du 22 mai comme un « mishap » et imposait à SpaceX une enquête formelle avant tout nouveau lancement. Le sujet : des anomalies sur les nouveaux moteurs Raptor 3, qui faisaient leurs débuts sur ce vol. Flight 13 n’est plus attendu avant juillet-août 2026 au mieux, et probablement plus tard.

Résultat : les deux acteurs principaux du programme Artemis sont simultanément à l’arrêt. SpaceX, qui doit fournir une variante de Starship comme alunisseur pour Artemis IV (en parallèle de Blue Moon), est suspendu à l’approbation FAA. Blue Origin, qui doit fournir Blue Moon Mark 2 et le lanceur New Glenn, est sans pas de tir. Et pendant que les industriels américains réparent, la Chine continue méthodiquement son programme Tianwen-3, dont le retour d’échantillons martiens est prévu pour 2031.

Josef Aschbacher, directeur général de l’Agence spatiale européenne, a résumé la situation en deux mots sur Euronews : « énorme revers ». « Ce n’est une bonne nouvelle pour personne dans la communauté spatiale », a-t-il ajouté.

Et les marchés ?

À deux semaines de l’entrée en bourse de SpaceX, l’événement a immédiatement secoué les valorisations du secteur spatial. AST SpaceMobile a perdu jusqu’à 18 % dans les jours suivant l’explosion, et plusieurs autres titres ont décroché. Pour SpaceX, qui s’apprête à mettre en avant Starship comme moteur de sa croissance future, le timing est paradoxal : les investisseurs voient maintenant les deux principaux véhicules spatiaux américains en difficulté simultanée, ce qui devrait peser sur les valorisations à court terme.

Pour la Lune, l’horizon 2028 se brouille

Officiellement, la NASA maintient toujours le retour des humains sur la Lune en 2028 dans le cadre d’Artemis IV — un calendrier voulu par la Maison-Blanche pour que ce retour ait lieu pendant le mandat actuel. Officiellement, les deux contractants principaux promettent de tenir leurs engagements. Officieusement, plus aucun observateur sérieux ne croit à cette échéance.

Sans New Glenn opérationnel d’ici un an, Blue Moon Mark 2 ne pourra pas être qualifié à temps. Sans Starship en vol orbital complet d’ici la fin 2026, avec ravitaillement orbital validé, SpaceX ne sera pas non plus prêt pour Artemis IV. Et entre les deux, la NASA ne dispose pas de plan B : aucun autre lanceur lourd américain ne peut emporter un atterrisseur de cette classe sur une trajectoire lunaire.

L’enquête sur l’explosion du LC-36 va probablement prendre plusieurs semaines. Les réparations, plusieurs mois. Et le calendrier Artemis, plusieurs années à recalibrer. Ce mois-ci, le programme de retour sur la Lune n’a pas seulement subi un revers technique. Il a perdu une partie de sa crédibilité.


Sources : Blue Origin (déclaration de Dave Limp sur X, 2 juin 2026), Ciel & Espace, Clubic, Euronews, Reuters, NASA, Ars Technica, NASASpaceflight, Wikipédia. Article susceptible d’évoluer en fonction des annonces officielles de Blue Origin et de la NASA dans les semaines qui viennent.

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