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Lune bleue, microlune, superlune.. : on démêle tous les noms de la Lune

📅 31 mai 2026 ✍ Théo

Ce soir, le 31 mai 2026, la Pleine Lune est à la fois une Lune bleue et une microlune — un double phénomène rare, qui n’arrivera pas à nouveau avant des années. L’occasion idéale de faire le tri entre tous les noms qu’on donne à notre satellite naturel : bleue, rousse, rouge, orange, super, micro, cendrée, noire… Petit lexique illustré pour tout comprendre.


Pleine Lune ordinaire, Lune bleue, microlune, superlune, Lune rouge, Lune rousse, Lune orange, Lune des moissons, Lune des fleurs, Lune noire, Lune cendrée. Plus d’une dizaine d’appellations populaires circulent pour désigner notre satellite naturel, souvent confondues, parfois mal employées. Pourtant, chacune renvoie à un phénomène astronomique précis — ou à une tradition culturelle bien identifiée. Voici le décryptage, en commençant par le spectacle qui se joue dans le ciel ce soir, dimanche 31 mai 2026.

Ce soir : une Lune bleue qui est aussi une microlune

Commençons par l’événement du jour. La Pleine Lune du 31 mai 2026 cumule deux particularités rares :

  • C’est une Lune bleue, parce que c’est la deuxième Pleine Lune d’un même mois civil (la première s’étant produite le 1ᵉʳ mai) ;
  • Et c’est une microlune, parce qu’elle se produit au moment où la Lune atteint son point le plus éloigné de la Terre — son apogée, à 406 126 kilomètres.

Le terme « Lune bleue » est trompeur : il n’a rien à voir avec la couleur. L’expression vient d’une vieille tradition anglo-saxonne (once in a blue moon = très rarement) et désigne aujourd’hui deux situations distinctes :

  • Définition mensuelle : la deuxième Pleine Lune au cours d’un même mois calendaire. C’est le cas ce soir. Cela arrive en moyenne tous les 2-3 ans.
  • Définition saisonnière : la troisième Pleine Lune dans une saison qui en compte quatre. Encore plus rare.

Quant au mot « microlune », il désigne tout simplement une Pleine Lune située à proximité de son apogée. Visuellement, elle apparaît environ 14 % plus petite et 30 % moins lumineuse qu’une superlune. Aucune teinte particulière ; c’est uniquement une question de taille apparente. À l’opposé, la superlune est une Pleine Lune située près de son périgée (point le plus proche de la Terre) : plus grosse, plus brillante, plus impressionnante.

La Lune rouge : ce n’est pas la Lune rousse

C’est probablement la confusion la plus fréquente dans le grand public.

La Lune rouge — parfois appelée Lune de sang ou Blood Moon — n’apparaît que lors d’une éclipse lunaire totale. À ce moment-là, la Terre s’interpose entre le Soleil et la Lune, et la lumière solaire ne parvient à la Lune qu’après avoir traversé l’atmosphère terrestre. Cette atmosphère filtre les longueurs d’onde courtes (bleues) et laisse passer les longues (rouges), qui se diffractent vers la Lune. Résultat : un disque cuivré, parfois écarlate, qui peut durer plus d’une heure. Spectacle saisissant, et phénomène strictement lié aux éclipses — donc prévisible des années à l’avance.

La Lune rousse, elle, n’a rien d’astronomique. C’est un terme agricole français traditionnel : il désigne la lunaison (le cycle complet de la Lune) qui suit Pâques, donc qui se déroule en avril ou en mai. À cette période, les gelées nocturnes printanières peuvent « roussir » les jeunes pousses et les bourgeons. Les paysans accusaient alors la Lune — à tort, puisque c’est en réalité un effet de rayonnement thermique nocturne. Le terme est resté.

La Lune orange : un effet d’horizon

Quand la Lune se lève ou se couche, elle apparaît souvent orange, voire rouge sombre. Aucune éclipse ici, simplement un effet d’optique.

À l’horizon, la lumière lunaire traverse une couche d’atmosphère bien plus épaisse que lorsqu’elle est haut dans le ciel. Cette épaisseur supplémentaire diffuse les longueurs d’onde courtes (bleues, vertes) et laisse passer les plus longues (orange, rouge) — exactement le même phénomène qui fait que le Soleil couchant apparaît rouge orangé. C’est ce qu’on appelle la diffusion de Rayleigh.

À retenir : Lune orange = Lune basse sur l’horizon. Lune rouge = éclipse totale. Deux phénomènes complètement différents, fréquemment confondus.

Lune noire, lune cendrée, lune des moissons et autres exotismes

Quelques noms moins connus mais qui reviennent souvent dans les conversations :

La Lune noire est l’équivalent inverse de la Lune bleue : c’est la deuxième Nouvelle Lune dans un même mois calendaire. Elle est invisible (puisque c’est une Nouvelle Lune), mais l’événement est commenté par les astronomes amateurs comme une curiosité de calendrier.

La lumière cendrée (parfois mal nommée « Lune cendrée ») est un phénomène très joli, visible juste après la Nouvelle Lune ou juste avant : la partie obscure du croissant lunaire est faiblement éclairée par la lumière du Soleil réfléchie par la Terre. On distingue alors le disque lunaire complet, avec un croissant brillant et un reste légèrement grisé. Léonard de Vinci en a donné la première explication correcte au XVᵉ siècle.

La Lune des moissons (Harvest Moon) désigne la Pleine Lune la plus proche de l’équinoxe d’automne. Elle se lève très tôt après le coucher du Soleil pendant plusieurs jours d’affilée, ce qui permettait aux agriculteurs d’allonger leurs journées de récolte à la lumière naturelle. Chaque mois a d’ailleurs sa Pleine Lune nommée, héritage des traditions amérindiennes adoptées par les almanachs anglo-saxons : Lune des loups en janvier, Lune des fleurs en mai, Lune froide en décembre…

Comment et quand observer la Lune bleue de ce soir

La Pleine Lune se produira précisément à 5h45 heure de Paris dans la nuit du 31 mai au 1ᵉʳ juin, mais elle sera pleinement visible dès le coucher du Soleil, soit autour de 21h45 ce dimanche. Conditions d’observation :

  • À l’œil nu : la Lune sera spectaculaire dès qu’elle apparaîtra à l’horizon est-sud-est. Effet bonus : à ce moment-là, elle sera orange (effet d’horizon), avant de devenir blanche en montant dans le ciel.
  • Aux jumelles : on distingue très bien les grandes mers lunaires, les cratères les plus marqués (Tycho, Copernic), et les rayons brillants qui rayonnent depuis Tycho.
  • Au télescope : la Pleine Lune est paradoxalement le pire moment pour observer en détail, car l’éclairage zénithal écrase les reliefs. Préférez les phases croissantes ou décroissantes pour ce type d’observation.

Détail à ne pas manquer : ce soir, Vénus et Jupiter se retrouvent côte à côte sur l’horizon ouest au crépuscule. Belle conjonction à photographier avant que la Lune ne se lève.

Une mosaïque culturelle plus qu’astronomique

Au final, sur la dizaine d’appellations que l’on croise, seules quelques-unes correspondent à des phénomènes astronomiques au sens strict : la microlune, la superlune et la Lune rouge (éclipse). Le reste — Lune bleue, Lune noire, Lune rousse, Lune des moissons, Lune des fleurs — relève de la culture, de la tradition, ou du calendrier. Pas moins intéressant pour autant : ces noms témoignent du lien millénaire entre les sociétés humaines et leur satellite naturel, longtemps utilisé comme horloge, comme guide agricole, et comme miroir poétique.

Ce soir, en levant les yeux, vous verrez donc à la fois une Lune bleue (au sens calendaire) et une microlune (au sens astronomique). Pas plus bleue qu’à l’ordinaire, pas particulièrement spectaculaire à l’œil, mais marquant un instant rare où deux traditions de nommage se rencontrent. Le prochain rendez-vous comparable n’arrivera pas avant plusieurs années.


Sources : IMCCE, NASA, ESA, Time and Date. Pour le calendrier précis des phases lunaires, consultez le site de l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (imcce.fr).

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