Actualités spatiales

Artemis III : la NASA dévoile son équipage

📅 08 juin 2026 ✍ Théo Mis à jour le 09 juin 2026

Ce mardi 9 juin à 17h30 (heure de Paris), la NASA a officiellement présenté les quatre astronautes assignés à la mission Artemis III, attendue pour 2027. Surprise : aucun des « favoris » avancés ces dernières semaines n’a été retenu. L’Européen Luca Parmitano décroche le poste de pilote, faisant entrer l’Italie et l’ESA dans l’histoire d’Artemis. À ses côtés, le commandant Randy Bresnik, le recordman américain Frank Rubio et le nouveau venu Andre Douglas. Notre analyse à chaud d’un casting plein de signaux politiques.


L’annonce était attendue, elle est arrivée avec son lot de surprises. Au Johnson Space Center de Houston, devant un parterre nourri de journalistes et de personnalités du programme spatial américain, la NASA a officiellement révélé ce mardi 9 juin 2026 les quatre astronautes qui formeront l’équipage de la mission Artemis III, prévue pour la fin de l’année 2027. La cérémonie, marquée par un passage de relais symbolique entre l’équipage Artemis II (rentré il y a deux mois) et les nouveaux nommés, a vu défiler les noms suivants :

  • Randy Bresnik (NASA) — Commandant
  • Luca Parmitano (ESA / Italie) — Pilote
  • Frank Rubio (NASA) — Spécialiste de mission
  • Andre Douglas (NASA) — Spécialiste de mission
  • Bob Hines (NASA) — Astronaute de réserve

Comme nous l’expliquions dans notre preview publié hier, cette mission ne sera pas un alunissage : Artemis III est désormais une répétition générale en orbite terrestre basse, destinée à valider l’amarrage entre Orion et les futurs atterrisseurs lunaires de SpaceX (Starship HLS) et Blue Origin (Blue Moon Mark 2), avant le grand saut d’Artemis IV en 2028. Le profil de mission ne change pas — mais l’équipage qui le portera, lui, déjoue plusieurs pronostics.

Luca Parmitano, l’Italien qui pilote pour l’Europe

C’est probablement la surprise la plus marquante de la sélection, et la meilleure nouvelle pour les passionnés européens. Luca Parmitano, astronaute italien de l’Agence spatiale européenne (ESA), devient le premier Européen à voler sur le programme Artemis — un siège qui n’était pas garanti par les accords NASA / ESA, contrairement à Artemis II où le Canadien Jeremy Hansen avait été embarqué dans le cadre de l’accord entre la NASA et l’Agence spatiale canadienne.

Surnommé « AstroLuca » par sa communauté de followers, Parmitano n’est pas un débutant. Ancien pilote d’essai de l’armée de l’air italienne, sélectionné par l’ESA en 2009, il a déjà effectué deux missions de longue durée à bord de la Station spatiale internationale : Expedition 36/37 en 2013, puis Expedition 60/61 en 2019-2020. Lors de cette deuxième mission, il est devenu le premier Italien à commander l’ISS. Il est également connu pour avoir vécu, en 2013, l’un des incidents les plus dangereux jamais survenus lors d’une sortie extravéhiculaire : son casque s’était lentement rempli d’eau, et seule sa lucidité — ainsi que celle de son partenaire de bord — lui avait permis de regagner la station avant l’asphyxie. Une histoire devenue cas d’école dans la formation des astronautes.

Son rôle de pilote sur Artemis III signifie qu’il sera le second commandant à bord, responsable des opérations critiques de pilotage et de l’amarrage avec les atterrisseurs lunaires. C’est l’un des postes techniquement les plus exigeants de la mission.

Côté symbolique, cette nomination est aussi un signe diplomatique : avec Luca Parmitano, l’Italie obtient son siège dans le programme lunaire le plus médiatisé de la décennie, dans un contexte où le rapprochement bilatéral entre Washington et Rome (notamment depuis les accords Trump–Meloni de 2025) s’intensifie. L’ESA, dans son ensemble, conserve sa présence dans le programme malgré l’absence de garantie officielle.

Pour la France, en revanche, l’attente devra continuer. Aucun astronaute français ne figure dans l’équipage Artemis III ni dans le rôle de réserve. Sophie Adenot, actuellement à bord de l’ISS pour la mission Epsilon, et Thomas Pesquet, restent les candidats les plus susceptibles de voler sur Artemis IV ou Artemis V.

Bresnik, Rubio, Douglas : trois profils complémentaires

Aux côtés de Parmitano, trois astronautes américains complètent l’équipage, sélectionnés pour leurs compétences spécifiques.

Randy Bresnik, le commandant, est l’un des astronautes les plus expérimentés encore en activité à la NASA. Ancien pilote d’essai des Marines, vétéran de la guerre d’Irak, il a participé à deux missions : STS-129 (navette spatiale Atlantis en 2009) et Expedition 52/53 à l’ISS en 2017, qu’il a en partie commandée. Son profil — discipline militaire, expérience navette et station — en fait un commandant taillé pour des opérations complexes en orbite terrestre. Lors de la cérémonie de ce mardi, c’est lui qui a pris la parole au nom de l’équipage : « Nous, l’équipage d’Artemis 3, sommes honorés de pouvoir porter cette torche vers l’avant, d’exécuter notre mission, de faire brûler cette flamme plus intensément et de la transmettre à l’équipage suivant. »

Frank Rubio, spécialiste de mission, est le seul astronaute de notre preview à avoir été effectivement retenu. C’est probablement le profil le plus exceptionnel des quatre. Ancien médecin militaire de l’US Army et pilote d’hélicoptère Black Hawk, d’origine salvadorienne et porto-ricaine, il est devenu en 2023 le détenteur du record américain de durée en vol : 371 jours consécutifs à bord de l’ISS, à la suite d’une fuite de liquide caloporteur sur son vaisseau Soyouz qui l’avait obligé à prolonger involontairement sa mission. Cette résilience opérationnelle hors du commun a manifestement pesé dans la décision de la NASA.

Andre Douglas, second spécialiste de mission, est la véritable surprise du casting. Astronaute de la promotion 2021 (les « Flies »), il n’a encore aucune mission à son actif — Artemis III sera son vol inaugural. Ancien officier de la Garde côtière américaine, ingénieur en robotique au laboratoire Johns Hopkins APL, il avait été sélectionné comme astronaute de réserve d’Artemis II, ce qui lui avait permis de s’entraîner aux côtés de l’équipage Bresnik/Glover/Koch/Hansen. La NASA capitalise donc sur cette préparation. Il devient également le premier astronaute afro-américain à voler sur le programme Artemis.

Bob Hines, l’astronaute de réserve, est lui aussi un vétéran de l’USAF et un ancien de Crew-4 (2022). Il s’entraînera avec l’équipage principal pour pouvoir le remplacer si nécessaire.

Ce qui surprend dans cette sélection

Au-delà des noms, plusieurs signaux politiques méritent d’être notés.

Premier signal : aucune femme dans l’équipage principal. C’est probablement la décision la plus discutable politiquement. Le programme Artemis avait été lancé avec l’engagement explicite d’amener « la première femme et le prochain homme » sur la surface lunaire. Avec le changement de profil de mission (plus d’alunissage pour Artemis III), cet engagement glisse désormais sur Artemis IV en 2028. Mais l’absence totale de femme dans l’équipage Artemis III sera scrutée — surtout que de nombreuses candidates expérimentées (Barron, Mann, Meir, Moghbeli, Wilson, Watkins) figuraient pourtant dans la liste des éligibles. Aucune explication détaillée n’a été donnée à ce sujet pendant la conférence de presse.

Deuxième signal : pas de Canadien. Contrairement à Artemis II, l’Agence spatiale canadienne n’a pas obtenu de siège sur Artemis III. C’est cohérent (les accords ASC/NASA ne garantissaient pas une présence systématique), mais cela contraste avec la décision d’inviter l’Italie.

Troisième signal : un Européen, oui — mais pas n’importe lequel. Le choix de Luca Parmitano sur Luca Parmitano (et non sur un Allemand, un Français ou un Néerlandais, par exemple) reflète à la fois la maturité technique de la coopération italo-américaine (l’Italie produit plusieurs modules pour Orion) et un alignement politique récent.

Quatrième signal : un débutant dans l’équipage. Avec Andre Douglas, la NASA pari sur sa nouvelle génération d’astronautes formés directement dans l’optique d’Artemis. C’est une rupture avec Artemis II, où tous les membres avaient déjà au moins une mission à leur actif.

Et maintenant ? Direction 2027

L’équipage va désormais entamer une phase d’entraînement intensif de 18 mois, articulée autour de trois axes : opérations Orion (à Houston), procédures d’amarrage avec les landers (en simulateur à JSC et chez les contractants commerciaux), et tests éventuels de la combinaison AxEMU si elle est intégrée à la mission.

Le calendrier officiel reste « fin 2027 », sans date plus précise. Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a confirmé lors de la conférence que l’objectif reste de maintenir Artemis IV en 2028 pour le premier alunissage habité — sous réserve, comme on le sait, que SpaceX (Starship cloué au sol par la FAA) et Blue Origin (New Glenn détruit en mai) parviennent à qualifier leurs landers à temps.

Pour Vanessa Wyche, directrice du Johnson Space Center : « Cette mission va captiver le monde et nous apporter de la joie sur Terre. » La formule était convenue, mais elle reflète l’enjeu de communication crucial du programme : redonner aux Américains, et aux partenaires européens, l’envie de croire à Artemis à un moment où les difficultés industrielles s’accumulent.

Quatre noms, donc. Une mission de répétition générale. Et un Européen au poste de pilote. Le retour des humains autour de la Lune se précise — un peu plus lentement que prévu, mais avec une histoire qui commence à se réécrire de l’autre côté de l’Atlantique aussi.


Sources : NASA (annonce officielle du 9 juin 2026, Johnson Space Center), CNN, ABC News, Space.com, Spaceflight Now, ESA, Reuters. Citations Bresnik et Wyche reformulées à partir des comptes-rendus officiels. Article à mettre à jour selon les détails complémentaires de la conférence de presse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *