
Nébuleuse de la Tulipe — Sh2-101
Une fleur écarlate épanouie dans les champs d’étoiles du Cygne : la nébuleuse de la Tulipe est l’une des jolies surprises du ciel d’été. Mais son plus grand titre de gloire se trouve juste à côté d’elle — un point de lumière anodin qui n’est autre que Cygnus X-1, le premier trou noir jamais identifié.
Description
Cataloguée Sh2-101 dans le relevé de régions HII publié par Stewart Sharpless en 1959, la nébuleuse de la Tulipe est une nébuleuse en émission située dans la constellation du Cygne, à une distance estimée entre 6 000 et 8 000 années-lumière [selon les sources]. Son gaz d’hydrogène, ionisé principalement par le rayonnement ultraviolet de la jeune étoile chaude HD 227018, rougeoie en dessinant les pétales d’une tulipe vue de profil — tige comprise. Comme ses voisines du Cygne, elle appartient aux vastes complexes de formation stellaire qui jalonnent le plan de la Voie lactée dans cette direction du ciel.

Un voisin illustre : Cygnus X-1
À une quinzaine de minutes d’arc seulement de la Tulipe brille un couple hors du commun : Cygnus X-1, l’une des sources de rayons X les plus intenses du ciel, découverte au milieu des années 1960 lors d’un vol de fusée. Ce système binaire associe une supergéante bleue, HDE 226868, et un compagnon invisible autour duquel elle tourne en moins de six jours : un trou noir d’environ 15 à 21 masses solaires — le premier objet de ce type à avoir été identifié. Il fit même l’objet d’un pari célèbre entre Stephen Hawking et Kip Thorne, définitivement tranché en 2011 quand des mesures de précision confirmèrent la nature de trou noir de l’objet. Cerise cosmique : l’un des jets de particules craché par le trou noir sculpte dans le milieu interstellaire un arc de choc lumineux, visible sur les photographies profondes du champ de la Tulipe. Photographier cette région, c’est donc capturer, indirectement, les effets d’un trou noir.
Observation
La Tulipe se niche dans le cou du Cygne, à mi-chemin entre Sadr et Albireo, dans l’une des régions les plus riches de la Voie lactée d’été. Visuellement, c’est un objet discret, qui demande un télescope, un ciel noir et un filtre interférentiel pour se laisser deviner. En astrophotographie à bande étroite, en revanche, la fleur s’épanouit pleinement : ses pétales d’hydrogène se détachent sur un fond fourmillant de gaz, et les images les plus profondes révèlent l’arc de choc de Cygnus X-1 — l’un des rares « portraits » indirects d’un trou noir accessibles aux amateurs.
Questions fréquentes
Peut-on voir le trou noir Cygnus X-1 près de la Tulipe ?
Pas directement : un trou noir n’émet pas de lumière visible. Mais sa compagne, la supergéante HDE 226868, est visible dans un petit télescope, et les photographies profondes révèlent l’arc de choc créé par ses jets dans le gaz interstellaire.
Pourquoi ce nom de Tulipe ?
Pour la forme de ses volutes de gaz ionisé qui, sur les photographies, dessinent une fleur de tulipe vue de côté, pétales et tige compris.
