
Nébuleuse du Sorcier — NGC 7380
Un magicien encapuchonné, chapeau pointu et bras tendus, semble se dresser dans les brumes rouges de Céphée : la nébuleuse du Sorcier mérite amplement son surnom. Derrière cette silhouette fantastique se cache une jeune région de formation d’étoiles découverte par l’une des grandes figures féminines de l’astronomie.
Description
La nébuleuse du Sorcier enveloppe le jeune amas ouvert NGC 7380, dans la constellation de Céphée. L’ensemble se situe à environ 7 200 années-lumière de la Terre [les estimations vont de 7 000 à 8 500 selon les études], dans le bras spiral de Persée de notre galaxie, et s’étend sur une centaine d’années-lumière. La nébuleuse proprement dite porte la désignation Sh2-142 du catalogue de Sharpless : c’est une région HII classique, un nuage d’hydrogène ionisé par le rayonnement ultraviolet des jeunes étoiles nées en son sein. D’une magnitude globale de 7,2 étalée sur une surface comparable à la pleine lune, elle brille surtout dans le rouge caractéristique de l’hydrogène.

Une pouponnière sculptée par ses propres étoiles
L’amas NGC 7380 est extrêmement jeune : ses étoiles se sont allumées il y a 4 millions d’années environ. Au centre trône DH Cephei, un couple serré de deux étoiles massives de type O, principal responsable de l’ionisation de la nébuleuse. Le rayonnement et les vents violents de ces jeunes astres creusent des cavités, sculptent des crêtes et des piliers de poussière — c’est ce modelage qui dessine la silhouette du sorcier — et compriment le gaz alentour, déclenchant de nouvelles naissances stellaires. Des dizaines d’étoiles en formation y ont été recensées. Mais le spectacle est éphémère à l’échelle cosmique : d’ici quelques millions d’années, les étoiles massives auront dispersé le gaz, et le sorcier s’évanouira, ne laissant derrière lui que son amas d’étoiles.
La découverte de Caroline Herschel
L’amas NGC 7380 fut découvert le 7 août 1787 par Caroline Herschel, sœur de William Herschel et première grande astronome de l’histoire moderne, chasseuse de comètes et d’objets du ciel profond. Son frère l’inscrivit à son catalogue sous la référence H VIII.77. La silhouette du magicien, elle, n’apparaît que sur les photographies modernes à longue pose — les astrophotographes la révèlent superbement en imagerie à bande étroite, dans la fameuse « palette Hubble ».
Observation
Située près de la frontière de Cassiopée, la nébuleuse du Sorcier est circumpolaire depuis la France : elle ne se couche jamais, avec un maximum de visibilité de l’été à l’hiver. L’amas d’étoiles est accessible à un petit télescope, voire à des jumelles stabilisées. La nébuleuse, en revanche, est un défi visuel : sa faible brillance de surface exige un télescope de 200 mm ou plus, un ciel bien noir et un filtre UHC ou O-III — et même ainsi, n’espérez qu’une pâle lueur. C’est en photographie que le sorcier apparaît vraiment, chapeau pointu compris.
Questions fréquentes
Qui a découvert la nébuleuse du Sorcier ?
L’amas central NGC 7380 fut découvert le 7 août 1787 par Caroline Herschel, pionnière de l’astronomie et sœur de William Herschel. La nébuleuse environnante fut cataloguée bien plus tard (Sh2-142).
Verra-t-on toujours le Sorcier dans quelques millions d’années ?
Non : les vents et le rayonnement des étoiles massives de l’amas dispersent peu à peu le gaz. La nébuleuse finira par s’effacer, ne laissant que l’amas d’étoiles qu’elle a enfanté.
