🌌 Nébuleuse

Nébuleuse du Boogeyman — LDN 1622

Silhouette noire aux contours balayés par le vent, dressée sur un fond d’hydrogène rougeoyant : la nébuleuse du Boogeyman — le « croque-mitaine » — mérite pleinement son surnom. Cataloguée LDN 1622, cette nébuleuse obscure hante un recoin discret de la constellation d’Orion, à deux pas de la Boucle de Barnard.

Description

LDN 1622 tire sa désignation du catalogue de nébuleuses sombres publié par l’astronome américaine Beverly Lynds en 1962 (LDN pour « Lynds’ Dark Nebula »). C’est un nuage de poussière si dense qu’il masque totalement les étoiles et le gaz lumineux situés derrière lui : sa silhouette inquiétante ne se découpe qu’en photographie à longue pose, sur le fond d’hydrogène ionisé qui baigne la région. Sa distance reste discutée : longtemps estimée à quelque 500 années-lumière — ce qui en aurait fait un objet d’avant-plan bien plus proche qu’Orion —, elle est aujourd’hui plutôt évaluée à environ 1 500 années-lumière [les publications de la NASA (APOD) ont donné successivement ces deux valeurs], ce qui rattacherait le Boogeyman au grand complexe moléculaire d’Orion, à une distance comparable à celle de la Boucle de Barnard voisine.

Des étoiles naissent dans le noir

Sous son apparence menaçante, le Boogeyman est en réalité une discrète pouponnière : les images infrarouges du télescope spatial Spitzer, capables de percer la poussière, y ont révélé de jeunes étoiles en formation, tapies au cœur du nuage. Ses contours effilés, comme balayés vers l’arrière, témoignent de l’érosion du nuage par le rayonnement des étoiles massives de la région. Juste à côté brille une petite nébuleuse par réflexion, vdB 62, qui accentue le contraste entre lumière et ténèbres dans ce coin de ciel. Le tableau d’ensemble est saisissant : la silhouette sombre du croque-mitaine se détache sur les arcs rouges de la Boucle de Barnard, non loin de la nébuleuse par réflexion M78.

Un cousin discret de la Tête de Cheval

Le Boogeyman appartient à la même famille que la célèbre Tête de Cheval : celle des nébuleuses obscures, ces nuages de poussière froide qui ne se voient qu’en silhouette. Mais là où la Tête de Cheval bénéficie du fond très lumineux d’IC 434, le croque-mitaine se découpe sur une lueur d’hydrogène bien plus ténue, ce qui le rend nettement plus difficile à immortaliser — et d’autant plus gratifiant pour les photographes qui y parviennent. Ces nuages sombres ne sont pas de simples curiosités visuelles : ce sont les réservoirs de matière première de la galaxie, les lieux mêmes où se préparent les prochaines générations d’étoiles.

Observation

Le Boogeyman est un objet exclusivement photographique : aucune chance de l’apercevoir à l’oculaire, même dans un grand télescope. Les astrophotographes le débusquent l’hiver, à l’est du baudrier d’Orion, au-delà de M78 et de la Boucle de Barnard. Une longue pose avec filtre H-alpha fait ressortir le fond rouge d’hydrogène sur lequel se découpe la silhouette du croque-mitaine — l’une des compositions les plus « halloweenesques » que le ciel puisse offrir, à photographier de préférence par une nuit sans lune.

Questions fréquentes

Pourquoi ce nom de « Boogeyman » ?
Pour sa silhouette sombre au profil inquiétant, qui évoque un croque-mitaine surgissant de la nuit. Comme beaucoup de nébuleuses obscures, elle ne se révèle qu’en négatif, découpée sur un fond de gaz lumineux.

Que signifie la désignation LDN 1622 ?
C’est l’entrée numéro 1622 du catalogue de nébuleuses sombres établi en 1962 par l’astronome américaine Beverly Lynds, l’un des grands inventaires des nuages obscurs de la Voie lactée.