Nébuleuse de la Pipe — Barnard 59-65/78
Dessinée en ombres chinoises sur les nuées d’étoiles du centre galactique, la nébuleuse de la Pipe est l’une des rares nébuleuses obscures que l’on peut admirer à l’œil nu. Son profil de pipe fumante, tuyau, fourneau et volutes compris, en fait l’une des silhouettes les plus reconnaissables du ciel d’été.
Description
La nébuleuse de la Pipe se déploie dans la constellation d’Ophiuchus, le Serpentaire, juste au-dessus de la queue du Scorpion, en plein cœur des champs stellaires les plus riches de la Voie lactée. Située à environ 600 à 700 années-lumière de la Terre, c’est l’un des complexes de nuages sombres les plus proches du système solaire. Il ne s’agit pas d’un trou dans la Voie lactée, comme le croyaient les astronomes d’autrefois, mais d’un épais nuage de gaz moléculaire froid et de poussière, si dense qu’il masque la lumière des myriades d’étoiles situées derrière lui. L’ensemble couvre plusieurs degrés de ciel — l’équivalent de dizaines de pleines lunes — et appartient à une structure obscure plus vaste encore, surnommée le « Cheval noir » (Dark Horse), dont la Pipe forme l’arrière-train.
Une pipe assemblée pièce par pièce
La Pipe n’est pas un objet unique mais un assemblage de plusieurs nuages sombres du catalogue d’Edward Emerson Barnard, le pionnier américain qui photographia et répertoria le premier ces objets au début du XXᵉ siècle. Barnard 59 forme l’embout du tuyau ; Barnard 65, 66 et 67 en composent le corps ; et le vaste Barnard 78 dessine le fourneau. L’embout, Barnard 59, a été photographié en grand détail par le télescope MPG/ESO de 2,2 mètres de l’observatoire de La Silla : l’ESO a titré son communiqué « Ceci n’est pas une pipe », en clin d’œil au célèbre tableau de Magritte. Fait notable, cette région forme relativement peu d’étoiles pour un nuage aussi riche en matière : la Pipe est un réservoir encore largement endormi, dont la gravité n’a pas encore allumé les futures étoiles.
Observation
C’est l’un des grands plaisirs du ciel d’été : sous un ciel de campagne bien noir, la Pipe se voit à l’œil nu comme une découpe d’encre dans la bande laiteuse de la Voie lactée, entre le Sagittaire et le Scorpion. Elle reste basse depuis la France métropolitaine — plus on descend vers le sud, mieux elle se dévoile. Des jumelles 7×50 ou 10×50 offrent le meilleur spectacle : le fourneau (Barnard 78) s’y détache magnifiquement des champs d’étoiles. À l’instar du Sac de Charbon pour l’hémisphère sud, la Pipe démontre qu’en astronomie, l’obscurité elle-même peut être un objet d’émerveillement.
Questions fréquentes
La nébuleuse de la Pipe est-elle un trou dans la Voie lactée ?
Non. C’est un nuage de gaz froid et de poussière si opaque qu’il bloque la lumière des étoiles d’arrière-plan. Les astronomes du XIXᵉ siècle y voyaient des « trous » dans le ciel ; Barnard a montré qu’il s’agissait de vrais nuages de matière.
Peut-on vraiment la voir à l’œil nu ?
Oui, c’est l’une des rares nébuleuses obscures visibles sans instrument, à condition d’un ciel bien sombre et d’un horizon sud dégagé. Aux jumelles, sa forme de pipe devient évidente.
