Nébuleuse de la Tête de Sorcière — IC 2118
Un profil de sorcière au nez crochu, figé dans un bleu glacial, qui semble hurler dans le vide : la nébuleuse de la Tête de Sorcière porte l’un des surnoms les plus mérités du ciel. Cataloguée IC 2118, cette nébuleuse par réflexion doit toute sa lumière à l’une des étoiles les plus brillantes du ciel, la supergéante Rigel.
Description
Située à environ 900 années-lumière de la Terre, dans la constellation de l’Éridan, à la frontière d’Orion, la Tête de Sorcière s’étire sur environ 50 à 70 années-lumière. C’est une nébuleuse par réflexion : elle ne produit aucune lumière propre, mais ses fines poussières réfléchissent l’éclat de Rigel, la brillante supergéante bleue d’Orion, distante d’à peine quelques dizaines d’années-lumière du nuage. Sa teinte bleue caractéristique a une double origine : la couleur bleue de Rigel elle-même, et le fait que les grains de poussière diffusent plus efficacement la lumière bleue que la rouge — le même mécanisme qui colore notre ciel diurne. Selon plusieurs études, ce nuage effiloché pourrait être le vestige d’un très ancien rémanent de supernova, aujourd’hui simplement éclairé de l’extérieur.
Une pouponnière discrète aux portes d’Orion
Malgré son aspect fantomatique, la Tête de Sorcière n’est pas inerte. Les observations radio y révèlent d’importantes émissions de monoxyde de carbone, signe de la présence de nuages moléculaires, et des étoiles jeunes — dont des étoiles T Tauri encore en formation — ont été identifiées au sein même de la nébuleuse. Le nuage se trouve vraisemblablement aux confins de la superbulle Orion-Éridan, cette immense coquille de gaz soufflée par les étoiles massives de l’association Orion OB1 — la même structure géante à laquelle se rattache la Boucle de Barnard. La sorcière est donc, littéralement, sculptée par le souffle d’Orion.
Découverte et désignations
L’objet correspond très probablement à la nébulosité étendue notée par William Herschel le 20 décembre 1786 et entrée au catalogue sous le numéro NGC 1909 — une erreur de position d’Herschel, qui plaça l’objet à l’est de Rigel au lieu de l’ouest, entretient toutefois un doute historique sur cette identification. La désignation la plus utilisée reste IC 2118. Quant au visage de sorcière, il ne s’est pleinement révélé qu’avec la photographie à grand champ, seule capable de saisir cet objet à la fois immense (plus de 2 degrés de long) et extrêmement pâle.
Observation
Avec une magnitude d’environ 13 répartie sur une très grande surface, la Tête de Sorcière est l’un des objets les plus difficiles du ciel en visuel : même dans un télescope, elle reste un défi réservé aux ciels parfaitement noirs. C’est une cible d’astrophotographie par excellence : les longues poses hivernales, quand Orion et l’Éridan culminent, révèlent le profil bleuté de la sorcière, le regard tourné vers Rigel qui l’illumine, à 2,6 degrés de là. Le contraste entre le bleu électrique du nuage et les cirrus galactiques rougeâtres alentour fait le bonheur des photographes patients.
Questions fréquentes
Pourquoi la Tête de Sorcière est-elle bleue ?
Parce qu’elle réfléchit la lumière de Rigel, une supergéante bleue, et que ses poussières diffusent mieux le bleu que le rouge — exactement comme les molécules de notre atmosphère rendent le ciel bleu.
Peut-on l’observer dans un télescope ?
Très difficilement : sa lumière est étalée sur plus de deux degrés de ciel. C’est avant tout un objet photographique, qui demande de longues poses sous un ciel très sombre.
