
Nébuleuse des Têtards — IC 410
La nébuleuse des Têtards, cataloguée IC 410, doit son surnom à deux étranges structures de gaz et de poussière qui semblent nager vers le cœur de la nébuleuse, tels des têtards dans une mare cosmique. Derrière cette image amusante se cache l’une des grandes pouponnières d’étoiles de notre région de la galaxie.
Description
Située dans la constellation du Cocher, à une distance estimée à environ 12 000 années-lumière [les estimations varient de 10 000 à 12 400 selon les sources], IC 410 est une vaste région HII : un nuage d’hydrogène ionisé s’étendant sur plus de 100 années-lumière. En son sein brille le jeune amas ouvert NGC 1893, né il y a environ 4 millions d’années — un clin d’œil à l’échelle cosmique. Ce sont les étoiles massives et brûlantes de cet amas, dont plusieurs étoiles de type O, qui font rougeoyer tout le nuage : leur rayonnement ultraviolet arrache les électrons de l’hydrogène, qui émet en retour cette lueur rouge caractéristique. La nébuleuse porte également la désignation Sh2-236.

Les fameux têtards
La signature d’IC 410, ce sont ses deux « têtards » : deux globules denses de gaz froid et de poussière, longs d’environ dix années-lumière chacun. Leur tête est soulignée d’une crête brillante de gaz ionisé, tandis que leur queue s’étire à l’opposé de l’amas central, sculptée par la pression de rayonnement et les vents stellaires des jeunes étoiles de NGC 1893 — un mécanisme comparable à celui qui a façonné les célèbres Piliers de la Création de la nébuleuse de l’Aigle. Ces cocons denses sont vraisemblablement le siège d’une formation d’étoiles en cours : de nouveaux soleils y naissent peut-être en ce moment même, à l’abri de leur gangue de poussière.
Un couple photogénique avec l’Étoile flamboyante
Dans le ciel, IC 410 côtoie la nébuleuse de l’Étoile flamboyante (IC 405), distante d’à peine plus d’un degré. Les deux nébuleuses n’ont pourtant rien à voir : l’Étoile flamboyante est environ huit fois plus proche de nous. Leur voisinage n’est qu’un effet de perspective, mais il offre aux astrophotographes l’un des cadrages les plus prisés du ciel d’hiver, deux vastes nuées rouges se partageant le même champ au cœur du Cocher, non loin des grands amas ouverts M36 et M38.
Observation
L’amas NGC 1893, de magnitude 7,5, est une cible facile pour un petit télescope : on y distingue une vingtaine d’étoiles. La nébuleuse qui l’enveloppe est bien plus discrète : il faut un ciel sombre, une ouverture généreuse et idéalement un filtre interférentiel pour en deviner les voiles. En photographie à bande étroite (H-alpha et oxygène III), en revanche, IC 410 se métamorphose : les têtards apparaissent nettement, nageant vers le cœur lumineux de la nébuleuse.
Questions fréquentes
Que sont exactement les « têtards » d’IC 410 ?
Des globules de gaz dense et de poussière, longs d’environ dix années-lumière, dont la queue est sculptée par les vents et le rayonnement des jeunes étoiles de l’amas NGC 1893. Ils abritent probablement des étoiles en formation.
Peut-on voir les têtards dans un télescope ?
Difficilement : ce sont des détails photographiques. Visuellement, on observe surtout l’amas NGC 1893 ; les têtards demandent de longues poses avec des filtres à bande étroite.
