🌌 Nébuleuse

Triangle de Pickering — Simeis 3-188

Troisième grand pan des Dentelles du Cygne, le Triangle de Pickering est un entrelacs de filaments aussi spectaculaire que ses célèbres voisines — et il porte, gravée dans son nom même, l’une des injustices les plus révélatrices de l’histoire de l’astronomie.

Description

Le Triangle de Pickering appartient aux Dentelles du Cygne (la Boucle du Cygne), l’immense rémanent laissé par l’explosion d’une étoile massive en supernova il y a environ 10 000 à 20 000 ans, à une distance estimée entre 1 400 et 2 400 années-lumière [distance encore débattue]. Comme la Dentelle Ouest et la Dentelle Est, ses délicats filaments matérialisent l’onde de choc de l’explosion, qui continue de balayer et de chauffer le gaz interstellaire : de fines nappes de matière vues par la tranche, luisant en rouge (hydrogène) et en bleu-vert (oxygène). Le Triangle occupe la partie nord de la boucle, entre les deux grandes dentelles, sa pointe dirigée vers le centre du rémanent. Contrairement à ses voisines, il n’a pas reçu de numéro NGC propre — le catalogue était déjà publié lors de sa découverte — et on le désigne parfois par la référence Simeis 3-188 des relevés de l’observatoire de Simeis.

Découvert par une femme, nommé pour un homme

Le Triangle fut repéré en 1904 sur des plaques photographiques par Williamina Fleming, astronome écossaise de l’observatoire de Harvard. Ancienne domestique devenue l’une des plus grandes classificatrices d’étoiles de son temps, Fleming découvrit des dizaines de nébuleuses et des centaines d’étoiles variables. Mais selon l’usage de l’époque, le crédit des découvertes revenait au directeur de l’observatoire : Edward Charles Pickering. C’est donc son nom, et non celui de Fleming, que porte le Triangle — un cas d’école de ce que l’histoire des sciences nomme aujourd’hui « l’effet Matilda », l’invisibilisation des découvertes féminines. Certains astronomes militent pour l’appeler « Triangle de Fleming », réparant ainsi, un siècle plus tard, l’oubli.

Observation

Le Triangle de Pickering s’observe l’été, au sein de la Boucle du Cygne, non loin de l’étoile 52 Cygni. Nettement plus diffus que les deux grandes dentelles, il est aussi plus exigeant : il faut un ciel excellent, un télescope à grand champ et impérativement un filtre O-III pour deviner ses voiles triangulaires. En astrophotographie, c’est une splendeur : ses filaments enchevêtrés, moins « ordonnés » que ceux des dentelles principales, composent un fouillis lumineux d’une grande finesse. Les images grand champ englobant l’ensemble de la Boucle du Cygne le montrent à sa juste place : le troisième sommet d’un triangle céleste avec la Dentelle Ouest et la Dentelle Est.

Questions fréquentes

Pourquoi le Triangle ne porte-t-il pas le nom de sa découvreuse ?
Williamina Fleming l’a identifié en 1904 sur des plaques photographiques de Harvard, mais l’usage de l’époque attribuait les découvertes au directeur de l’observatoire, Edward Pickering. D’où le nom, contesté aujourd’hui, de « Triangle de Pickering ».

Le Triangle fait-il partie de la même nébuleuse que les Dentelles ?
Oui : Dentelle Ouest, Dentelle Est et Triangle de Pickering sont trois portions du même rémanent de supernova, la Boucle du Cygne, vestige d’une étoile qui a explosé il y a 10 000 à 20 000 ans.