Après près de huit mois en orbite, Sophie Adenot a retrouvé la Terre ferme. La capsule Dragon de la mission Crew-12 a amerri ce jeudi 8 octobre vers 17 h 35, heure de Paris dans le Pacifique, au large de la Californie. À son bord, l’astronaute française de l’Agence spatiale européenne (ESA) et ses trois coéquipiers, l’Américaine Jessica Meir, l’Américain Jack Hathaway et le Russe Andreï Fedyaev, ont bouclé une mission de [237 jours, à confirmer].
Pour la deuxième Française de l’histoire à partir dans l’espace, après Claudie Haigneré, le bilan est impressionnant : un record européen de durée, trois sorties dans le vide spatial et environ 200 expériences scientifiques.
Un départ avancé, un retour sans encombre
La mission avait décollé le 13 février 2026 de Cap Canaveral, en Floride, sur une fusée Falcon 9 de SpaceX. Son lancement avait été accéléré après le retour anticipé de l’équipage précédent, Crew-11, rentré mi-janvier en raison d’un problème médical concernant l’un de ses membres. La capsule s’était amarrée à la Station spatiale internationale (ISS) le lendemain.
Depuis 2021 et la mission Alpha de Thomas Pesquet, aucun astronaute français n’avait séjourné à bord de la station. Sophie Adenot est aussi la première de la promotion d’astronautes de l’ESA recrutée en 2022 à avoir volé.
La relève est arrivée à bord de l’ISS le 1er octobre. La capsule Dragon de Crew-12 s’est ensuite détachée du module Harmony le 7 octobre à 14 h 05, heure de Paris, avant d’entamer son retour vers la Terre le lendemain.
Un record européen de durée
Le 3 septembre, Sophie Adenot a franchi le cap des 200 jours consécutifs dans l’espace et est devenue l’astronaute européenne, hommes et femmes confondus, ayant réalisé la plus longue mission spatiale. Le précédent record appartenait à l’Italien Luca Parmitano, avec sa mission Beyond en 2019-2020.
Trois sorties dans l’espace en deux semaines
Le temps fort de la mission s’est joué fin août. En l’espace de 14 jours, Sophie Adenot a effectué trois sorties extravéhiculaires, pour un total de 19 heures et 42 minutes passées hors de la station. Les deux premières, aux côtés de l’Américain Anil Menon, ont servi à remplacer une antenne de communication à haut débit. Lors de la troisième, le 1er septembre avec Jessica Meir, elle a remplacé un rétroréflecteur laser.
Elle est ainsi devenue la première Française à sortir dans l’espace, et la deuxième Européenne après l’Italienne Samantha Cristoforetti.
Environ 200 expériences, dont dix françaises
L’essentiel du travail à bord reste scientifique. Sophie Adenot a participé à environ 200 expériences en micropesanteur, dans des domaines allant de la physiologie humaine à la science des matériaux, en passant par la physique des fluides et la biologie.
Dix d’entre elles étaient françaises, suivies depuis Toulouse par le Cadmos, le centre du CNES dédié aux vols habités. Parmi elles :
- EchoFinder, qui guide une échographie grâce à la réalité augmentée et à l’intelligence artificielle, pour permettre à des astronautes de s’ausculter seuls lors de futures missions lointaines ;
- EuroSuit, un prototype de combinaison européenne de secours, testé à plusieurs reprises au printemps et en été ;
- ChlorISS, une expérience éducative qui comparait la germination de plantes en orbite et sur Terre, et qui a mobilisé 260 000 élèves dans toute la France.
L’astronaute a également testé des technologies pensées pour l’exploration de la Lune et de Mars, dont un appareil d’exercice physique compact et l’impression 3D de pièces métalliques en orbite.
Pourquoi « εpsilon » ?
C’est Sophie Adenot qui a choisi le nom de sa mission. En mathématiques, la lettre grecque epsilon désigne une très petite quantité : une manière de rappeler que chaque rôle dans un vol spatial, y compris celui de l’astronaute, est petit mais essentiel. Le nom suit aussi la tradition française de baptiser les missions habitées d’après des objets célestes : en astronomie, epsilon désigne la cinquième étoile la plus brillante d’une constellation. Les cinq étoiles de l’écusson de la mission rendent hommage aux cinq astronautes de carrière de sa promotion.
Et maintenant ?
Après l’amerrissage, l’équipage doit être conduit à Houston pour un premier bilan médical. Sophie Adenot rejoindra ensuite le Centre des astronautes européens, à Cologne, en Allemagne, où elle est attendue dès le 9 octobre. Elle y entamera plusieurs semaines de réadaptation à la gravité terrestre, sous surveillance médicale.
Née en 1982 à Cosne-Cours-sur-Loire, dans la Nièvre, colonel de l’armée de l’Air et de l’Espace, Sophie Adenot était devenue en 2018 la première femme pilote d’essai d’hélicoptères en France. Elle compte désormais parmi les astronautes européennes les plus expérimentées.
L’Europe veut lancer ses propres astronautes
Le retour de Sophie Adenot intervient alors que l’Europe s’interroge sur son autonomie en matière de vols habités. Aujourd’hui, les astronautes de l’ESA partent tous à bord de véhicules américains ou russes. Début octobre, le directeur général de l’agence, Josef Aschbacher, a estimé qu’il faudrait « environ 10 ans » et de l’ordre de 10 milliards d’euros pour que l’Europe puisse lancer ses astronautes par ses propres moyens [propos rapportés par NASASpaceFlight, déclaration ESA d’origine non retrouvée]. Une première étape est déjà engagée : une capsule cargo européenne, Nyx, doit effectuer une mission de démonstration vers l’ISS.

