Le premier Sommet international sur l’espace s’est achevé jeudi 10 septembre au Grand Palais, après deux jours ayant réuni 90 pays et organisations, dont une soixantaine représentés au niveau chef d’État ou ministre, et près de 1 100 entreprises du secteur. Malgré les défections de SpaceX, de Blue Origin et du chancelier allemand Friedrich Merz, l’événement débouche sur trois déclarations internationales et une série d’annonces industrielles chiffrées à plus de 20 milliards d’euros.
Trois déclarations pour amorcer une régulation de l’espace
C’est le résultat institutionnel le plus concret du sommet. Emmanuel Macron a mis en avant trois textes destinés à engager la communauté spatiale mondiale.
La première déclaration porte sur la sécurité et la soutenabilité de l’espace. Elle réaffirme le rôle central du Comité des Nations unies sur l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique, appelle à une conférence pour bâtir une feuille de route sur la coordination du trafic spatial, et ouvre la voie à un mécanisme international de partage des points de contact entre opérateurs — une première étape vers un véritable comité international de gestion des débris et des constellations.
La deuxième réaffirme Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre, comme un bien commun mondial, avec un engagement à en garantir la continuité et à protéger ses fréquences. La troisième porte sur les données scientifiques spatiales, autour des principes d’accessibilité, d’ouverture et d’intégrité — une réponse implicite aux craintes de voir la donnée scientifique devenir un enjeu de rapport de force entre puissances.
« La lucidité impose de dire que l’espace n’est plus un sanctuaire », a averti le président français, rappelant que le traité de 1967 reste, à ce jour, la seule grande zone commune mondiale sans régulation à la hauteur des enjeux actuels.
Cinquante contrats, plus de 20 milliards d’euros
Sur le plan industriel, Macron a revendiqué une cinquantaine d’accords représentant plus de 20 milliards d’euros. Parmi les plus commentés : un contrat entre Amazon et Arianespace pour le lancement de sa constellation de satellites, une levée de fonds pour The Exploration Company, un accord entre Eutelsat et Skynopy, ainsi qu’un partenariat entre MaiaSpace, Loft Orbital et le fonds émirati IHC.
Côté franco-allemand, Dassault et l’entreprise allemande OHV ont scellé la construction du démonstrateur d’avion spatial Vortex, une maquette qu’Emmanuel Macron est allé examiner en personne au Grand Palais mercredi. Le président a assuré du soutien de son gouvernement à ce projet, en précisant que Berlin le soutenait également.
Sur le volet des vols habités, un partenariat signé avec l’entreprise américaine Vast doit permettre à des astronautes grecs, tchèques et français — dont Thomas Pesquet, envoyé spécial du sommet, désigné commandant de la mission — de voler ensemble dans les prochains mois.
L’ambition européenne : lanceurs, connectivité, vols habités
Au-delà du bilan chiffré, Macron a détaillé une feuille de route pour l’Europe spatiale, articulée autour de plusieurs chantiers.
Sur les lanceurs, il a appelé à un mécanisme européen d’agrégation des lancements institutionnels — sur le modèle américain — associé à un prix institutionnel européen, afin de donner de la visibilité à la chaîne industrielle et d’augmenter la cadence d’Ariane 6. Il a salué au passage le lancement réussi du week-end précédent par l’entreprise norvégienne Isar Aerospace.
Sur la connectivité, il a annoncé vouloir une alliance européenne du « direct-to-device » — la connexion directe entre un téléphone et un satellite, sans passer par les réseaux terrestres — capable de fournir une offre de qualité internationale d’ici 2030, avec un objectif de connexion comparable à la 5G partout en Europe d’ici dix ans.
Sur les vols habités, trois échéances ont été fixées : l’amarrage de la première capsule cargo européenne, Nyx, à la Station spatiale internationale dans deux ans ; l’atterrissage du premier alunisseur européen, Argonaut, sur la Lune dans cinq ans ; et le décollage depuis Kourou de la première capsule européenne habitée dans dix ans.
Enfin, une place de marché européenne des capacités spatiales duales — ouverte à l’Union européenne comme à l’OTAN — a été lancée pour décloisonner l’accès aux données de surveillance spatiale, maritime et terrestre, avec un objectif d’une cinquantaine d’entreprises référencées dès 2027.
La science, elle aussi, mise en avant
Sur le volet scientifique, la France a annoncé 40 millions d’euros supplémentaires via le CNES pour un programme d’observation spatiale, en écho explicite au projet Euclid mené au sein de l’ESA. Macron a également évoqué la mission japonaise MMX, dont le rover doit prochainement partir vers les lunes de Mars, comme exemple de la coopération scientifique internationale à préserver.
Les absences ont pesé, sans faire dérailler le sommet
Les défections annoncées la semaine précédente — SpaceX, Blue Origin et deux start-up américaines, ainsi que le chancelier allemand Friedrich Merz, qui devait coprésider l’événement — ont bien été actées. L’Allemagne était finalement représentée par sa ministre de l’Espace, Dorothée Bär, et son ministre de la Défense, Boris Pistorius.
Dans son discours, Macron a répondu indirectement à ces tensions en appelant à une « préférence européenne » assumée dans la commande publique spatiale, tout en insistant sur le fait que l’Europe resterait « ouverte aux partenariats internationaux » — y compris avec les partenaires nord-américains, explicitement mentionnés parmi les invités du sommet.

