Le 19 mai 2026, une fusée Vega-C décolle du Centre spatial guyanais avec à son bord SMILE (Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer). Cette mission conjointe de l’Agence spatiale européenne et de l’Académie chinoise des sciences doit observer, pour la première fois dans son ensemble, la façon dont le bouclier magnétique de la Terre encaisse le vent de particules venu du Soleil.
Une coopération entre l’Europe et la Chine
SMILE est née d’un appel à propositions lancé conjointement en 2015 par l’ESA et l’Académie chinoise des sciences (CAS). La mission a été adoptée par la CAS en 2016, puis par l’ESA en 2019, et prolonge une collaboration entamée avec la mission Double Star, lancée en 2003. L’ESA a fourni le module qui porte trois des quatre instruments (construit par Airbus Defence and Space en Espagne), la caméra à rayons X et le lanceur. La CAS a fourni la plateforme du satellite et trois instruments, et pilote l’engin en orbite. Plus de 250 chercheurs européens et chinois ont participé au projet.
Une orbite pour voir tout le pôle Nord
SMILE a atteint son orbite de travail le 20 juin 2026. Celle-ci est très allongée : le satellite passe à environ 5 100 kilomètres de la Terre au plus près, puis s’en éloigne jusqu’à près de 121 000 kilomètres au-dessus du pôle Nord. Il boucle une orbite environ tous les deux jours, ce qui lui permet de surveiller toute la région polaire pendant des dizaines d’heures sans interruption.
Quatre instruments, deux regards complémentaires
L’imageur ultraviolet photographie l’anneau des aurores boréales, visible en ultraviolet même du côté éclairé de la Terre. La caméra à rayons X, principale contribution européenne, doit rendre visible la magnétopause, la frontière où le vent solaire vient buter contre le champ magnétique terrestre. Un magnétomètre et un analyseur d’ions mesurent sur place le champ magnétique et les particules. L’objectif : relier le vent solaire qui frappe la magnétosphère et les aurores qui s’allument en réponse, pour mieux prévoir la météo de l’espace.
Les premiers résultats
SMILE a été déclarée prête pour la science le 23 septembre 2026. Ses premières images montrent l’anneau complet des aurores boréales en ultraviolet, une vue inédite depuis 2008, et l’imageur peut suivre les aurores 45 heures d’affilée. La caméra à rayons X, gênée par la lumière parasite, doit livrer sa première image de la magnétopause à l’automne 2026. La mission est prévue pour durer trois ans.
La caméra à rayons X de SMILE utilise une optique dite « en œil de homard ». Comme l'œil de ce crustacé, elle capte la lumière grâce à une multitude de minuscules canaux réfléchissants, ce qui lui offre un champ de vision bien plus large qu'un télescope classique.
Question fréquente
Pourquoi SMILE observe-t-elle les aurores en ultraviolet ?
En lumière visible, les aurores disparaissent dans l'éclat du Soleil du côté jour de la Terre. En ultraviolet, elles restent visibles de jour comme de nuit : SMILE peut ainsi suivre l'anneau complet des aurores autour du pôle Nord, pendant 45 heures d'affilée.
